C’est donc dans un climat de rivalité et de compétition entre les puissances que l’allemand Otto Von Bismarck, rêvant « de détourner la France de l’Alsace-Lorraine en encourageant ses initiatives outre-mer »[4] et étant désireux de se présenter comme une sorte d’arbitre des relations internationale en Europe organise la conférence de Berlin. Ainsi, souvent représenté par leurs ambassadeurs en Allemagne, les puissances coloniales internationales, certaines intéressées par des territoires africains et d’autres à titre d’observatrices se rassemblent, dans le cadre de la conférence qui s’ouvre à Berlin le 15 novembre et ne s’achèvera que le 26 février 1885. L’objectif principale de cette conférence, où l’Afrique est pour la première exclusivement sujette à un question de relations internationales, à pour but de fixer les modalités de l’éventuel partage de l’Afrique entre les puissances européennes afin d’éviter les tentions coloniales. Ces modalités sont fixées par les différentes règles officielles d’occupations qui sont établies à Berlin et qui devront être respectées par les puissances coloniales sur le terrain dans le cadre du partage africain. En ce qui concerne les efforts déployés pour éviter les tentions coloniales en Afrique, l’emphase est mise sur le libéralisme pour empêcher tant que possible de graves crises inhérentes à la prise de possession territoriale par une puissance.
Contrairement à ce qui est souvent véhiculé dans l’historiographie, les puissances européennes ne se partagèrent pas l’Afrique durant la conférence de Berlin. Certes, avec la course qui s’entamait depuis peu, le partage du continent était devenu imminent, mais l’objectif principal de la conférence était bien de fixer les modalités de ce partage à venir. Cette idée fut clairement exprimée par Bismarck dans son ouverture de la séance inaugurale du 15 novembre 1884. En effet, après son discours introductif, l’instigateur de cette conférence rappela “les principaux points inscrits à l’ordre du jour et répéta que la conférence ne se prononcerait pas sur des questions de souveraineté. En revanche, elle devrait définir les règles applicables aux nouvelles occupations sur les côtes africaines afin de servir ainsi la cause de la paix et de l’humanité”[5].
Ce sont donc des questions inhérentes aux règles d’occupation des territoires en Afrique par les puissances qui sont débattues lors de la conférence de Berlin. Ainsi, par les points 34 et 35 de l’acte général, deux conditions devaient être réunies pour qu’un État puisse se prévaloir d’une possession sur les côtes africaines et opposer celle-ci aux autres États.
En premier lieu, il fallait que l’occupation du territoire par l’État soit effective. Cette condition d’effectivité visait manifestement à dissuader un État, établi sur la côte, de bloquer à d’autres l’accès de l’intérieur par des prétentions territoriales allant bien au-delà de la zone effectivement occupée par lui; des prétentions aussi exorbitantes n’étaient alors pas rares. […] En second lieu, l’État ainsi installé devait le notifier aux autres par une mesure de publicité appropriée, de manière à informer les explorateurs éventuels de la situation nouvellement créée[6].
En légitimant l’entreprise coloniale en Afrique et faisant de celle-ci une question de diplomatie internationale, les participants démontrent une volonté d’instaurer un cadre règlementaire propice à éviter les conflits et la confusion. Ainsi, « à partir de cette date (acte de Berlin), l’action coloniale perdra définitivement son caractère domestique et privé pour devenir une situation juridique opposable à la communauté internationale »[7].
Les questions relatives au libre-échange et à la liberté de navigation sont aussi à l’honneur dans le cadre de la conférence de Berlin; la majorité des points adoptés dans le cadre de la conférence y sont consacrés. La région du bassin du Congo est au centre des priorités en termes de zone libre au commerce et à la navigation internationale. Des différents points qui sont adopté lors de la conférence, notamment une déclaration relative à la liberté du commerce dans le bassin du Congo, ses embouchures et pays circonvoisins ainsi qu’une autre relative à la neutralité des territoires compris dans le bassin[8]. En ce qui à trait à la liberté de navigation, deux points adoptés la concerne. Premièrement :
Un acte de navigation du Congo, qui en tenant compte des circonstances locales, étend à ce fleuve, à ses affluents et eaux qui leur sont assimilés, les principes généraux énoncés dans les articles 108 à 116 de l’Acte final du Congrès de Vienne et destinés à régler, entre les puissances signataires de cet Acte, la libre navigation des cours d’eau navigables qui séparent ou traversent plusieurs États, principes conventionnellement appliqués depuis à des fleuves d’Europe et de l’Amérique, et notamment au Danube, avec le modifications prévues par les traités de Paris de 1856, de Berlin de 1878 et de Londres de 1871 et de 1883[9].
Mais Aussi, « un Acte de navigation du Niger, qui en tenant également compte des circonstances locales, étend à ce fleuve et à ses affluents les mêmes principes inscrits dans les articles 108 à 116 de l’Acte final du congrès de Vienne »[10]. En somme, cette approche libérale dans la fixation des modalités du partage africain semble nécessaire dans un contexte européen marqué par les impérialismes et les nationalismes pour éviter la confusion mais surtout les conflits.
[4] Élikia M’BOKOLO directeur. Afrique noire : Histoire et civilisation, t. II, XIXe et XXe siècles. Paris, Hatier- AUPELF, 1992, p. 278.
[5] Henri WESSELING. Le partage de l’Afrique 1880-1914. Traduit du néerlandais par Patrick Grilli. Paris, Folio histoire, 1996, p.223.
[6] ACTE DU COLLOQUE INTERNATIONAL (Brazzaville, avril 1985). Centenaire de la conférence de Berlin, 1884-1885. Paris, Présence africaine, 1987, p.131.
[7] ACTE DU COLLOQUE INTERNATIONAL (Brazzaville, avril 1985). Centenaire de la conférence de Berlin, 1884-1885. Paris, Présence africaine, 1987, p.132.
[8] Élikia M’BOKOLO directeur. Afrique noire : Histoire et civilisation, t. II, XIXe et XXe siècles. Paris, Hatier- AUPELF, 1992, p. 279.
[9] Élikia M’BOKOLO directeur. Afrique noire : Histoire et civilisation, t. II, XIXe et XXe siècles. Paris, Hatier- AUPELF, 1992, p. 280.
[10]Élikia M’BOKOLO directeur. Afrique noire : Histoire et civilisation, t. II, XIXe et XXe siècles. Paris, Hatier- AUPELF, 1992, p. 280.
