RÉCENTES PERSPECTIVES

EN VIROLOGIE

 

 

 


Revue de presse mensuelle VOL2 N°4 DÉCEMBRE 2002


Dans le domaine des sciences, nombreux sont les sites Internet consacrés aux sciences. Plus rares sont ceux consacrés à la virologie, et , parmi eux, plus rares encore sont ceux disponibles en français. "Récentes perspectives en virologie" veut, dans la mesure du possible, combler cette lacune en faisant état chaque mois, et dans la langue de Molière, des tous derniers travaux dans divers champs de la virologie tant fondamentale qu'appliquée. On y trouvera une sélection qui, sans prétendre être exhaustive, porte sur les recherches virologiques les plus récentes au fur et à mesure qu'elles apparaissent dans les médias spécialisés.

De septembre à avril, le site sera constamment mis à jour, aussi les lectrices et lecteurs intéressés sont-ils avisés de le consulter régulièrement

Pour toutes remarques, questions ou suggestions,

 Jean Robin, Ph.D.


DANS CE NUMÉRO DE RÉCENTES PERSPECTIVES EN VIROLOGIE

Virologie fondamentale

 

Virologie médicale (VIH)

 

Virologie médicale et appliquée

(Autres virus)

Calendrier des congrès en virologie

VIROLOGIE FONDAMENTALE

 * STRUCTURE DES VIRUS

* CLASSIFICATION DES VIRUS

* ATTACHEMENT ET INTERNALISATION DES VIRUS

* TRANSPORT INTRACYTOPLASMIQUE

* DÉCAPSIDATION

* RÉPLICATION

* MORPHOGÉNÈSE ET SYNTHÈSE IN VITRO

*INTERFÉRONS

VIROLOGIE MÉDICALE

 VIH

L'infection avec une deuxième souche de VIH survient pendant un traitement.

Les scientifiques fournissent les premières images de l'infection des cellules vivantes par le VIH.

Coinfection VIH/VHB : des risques hépatiques plus élevés

SIDA: un vaccin efficace chez le singe

VIROLOGIE MÉDICALE ET APPLIQUÉE: AUTRES VIRUS

Un éventuel traitement antiviral contre la variole

Le cytomégalovirus humain commence à révéler les secrets de sa latence

Un virus humain commun pourrait être associé au cancer du colon

Une tique peut-elle transmettre l'hépatite C ?

Le vaccin anti-papillomavirus humain de type 16 (HPV16) est efficace.

Le CMV serait-il impliqué dans le cancer colique ?

L'encéphalite causée par le virus du Nil occidental serait induite par une protéine virale qui déclencherait l'apoptose cellulaire.

Un vaccin contre l'Herpès génital, mais seulement pour les femmes !

De tueur, le virus d'Ebola pourrait devenir guérisseur

Les oiseaux pourraient être vecteurs du virus d'Ebola

Une nouvelle arme contre des bactéries pathogènes pouvant être présentes dans les huîtres


CALENDRIER DES TOUS PROCHAINS CONGRÈS EN VIROLOGIE


NOUVELLES EN VIROLOGIE FONDAMENTALE


STRUCTURE DES VIRUS


CLASSIFICATION DES VIRUS


MORPHOGÉNÈSE ET SYNTHÈSE IN VITRO


INTERFÉRONS


NOUVELLES EN VIROLOGIE MÉDICALE


VIH


L'infection avec une deuxième souche de VIH survient pendant un traitement.

Des chercheurs de l'Institut Howard Hughes (HMMI) signalent qu'un patient subissant une thérapie expérimentale contre l'infection par le HIV a été "surinfecté" avec une deuxième souche du virus, probablement après qu'il se soit contaminé lors d'un rapport sexuel non protégé.

Le patient décrit dans l'article était inscrit dans une épreuve clinique connue sous le nom de "stratégie de traitement intermittent", ou STI. Ces thérapies avec arrêts et reprises, encore controversées, visent à amplifier l'immuno-réaction anti-HIV chez les patients présentant une infection aiguë. Pendant le traitement, les médecins interrompent périodiquement la thérapie antivirale pour permettre au système immunitaire du patient de se mobiliser pour aider à contrôler l'infection. Les médecins surveillent soigneusement le niveau du virus dans le sang du patient. La thérapie est rétablie si les niveaux du virus montent de manière significative. Selon certaines théories, la maîtrise des niveaux sanguins de VIH obtenue par ces traitements intermittents, serait due au renforcement des défenses immunitaires, notamment de l'infanterie lourde formée des cellules "CD8" qui tuent les cellules infectées par le virus, probablement aidées par d'autres globules blancs, les "CD4".

Il a alors été constaté que, quoique le système immunitaire du patient ait montré une efficace et forte réponse immunitaire après interruption de traitement, le malade a abruptement développé une virémie accrue (niveau du virus dans sa circulation sanguine) qui a rendu nécessaire la réinstitution de la thérapie. Quand celle-ci a encore été interrompue, la virémie s'est accrue encore plus vite que lors des interruptions précédentes et a atteint un niveau encore plus élevé. Après une interruption finale du traitement antiviral, interruption au cours de laquelle le niveau de virus a monté et a persisté, le patient a choisi de cesser la thérapie.

L'analyse des cellules T-CD8+ du patient, a montré qu'elles ne répondaient pas à l'infection comme elles le devraient. Ceci a soulevé la possibilité qu'une variante distincte et indépendante du VIH avait infecté le malade. En effet, des analyses génétiques des échantillons de sang provenant du patient ont confirmé la présence d'un deuxième type de VIH. Quoique les deux souches du virus se sont avérées différer génétiquement de seulement environ 12 pour cent, la différence dans les protéines extérieures ciblées par les cellules T était de 50 pour cent. On s'explique ainsi que cette plus grande différence ait pu rendre le nouveau virus non identifiable par la réponse immunitaire existante.

Cette étude serait plus une mauvaise nouvelle pour les stratégies de traitement intermittent que pour le développement d'un vaccin. En outre, elle a des implications importantes pour la recherche fondamentale qui va devoir réviser son paradigme dit d'"activation du spectateur", selon lequel on croyait que, si on amplifie l'immunité contre une souche virale, on amplifie aussi l'immunité contre d'autres.

Référence: Altfeld, M. et al. HIV-1 superinfection despite broad CD8+ T-cell responses containing replication of the primary virus. Nature, 420, 434 - 439, (2002).


Les scientifiques fournissent les premières images de l'infection des cellules vivantes par le VIH.

Jusque récemment, on savait peu de choses sur la façon dont le VIH pénètre dans la cellule. La particule virale (virion) comprend une enveloppe externe et une nucléocapside interne composée de protéines et de matériel génétique. Quand le virus attaque une cellule, l'enveloppe fusionne avec la membrane cytoplasmique et libère la nucléocapside à l'intérieur. Mais, à partir de là, on ne savait plus très bien ce que ces particules faisaient - en particulier, comment elles arrivaient au noyau pour prendre le contrôle de la machine génétique cellulaire et commencer à reproduire leur propre ADN. Ceci était intrigant car les minuscules particules (12 millionnièmes de centimètre de diamètre), doivent franchir une distance qui est jusqu'à 500 fois leur taille pour atteindre le noyau. Qui plus est, le trajet est encombré par toutes sortes de structures cellulaires : mitochondries et autres micro-organites. Comment les particules peuvent-elles remporter cette course d'obstacles?

Les chercheurs ont pu visualiser et filmer différentes particules de VIH en attachant une protéine fluorescente à un de leurs composants. Quand une lumière bleue frappe cette protéine, elle dégage une lueur verte. Les chercheurs ont également lié aux microtubules des cellules hôtes une autre molécule fluorescente qui donne une lueur rouge-foncé dans les mêmes conditions. Des photos de cellules vivantes infectées par le VIH ont alors été prises sous un microscope à des intervalles aussi courts que 15 secondes, permettant ainsi la constitution d'un film des activités des particules virales en route vers le noyau.

Le virus a pu être vu se déplaçant le long des microtubules, un des constituants du microsquelette de la cellule hôte. Plus précisément, la particule virale s'accroche à une protéine, la dynéine, qui se déplace sur les microtubules. En gros, la dynéine est le tracteur (moteur moléculaire), les microtubules sont la route et les particules de VIH sont la cargaison. Le trajet au noyau est loin d'être uniforme et linéaire. Les particules virales s'arrêtent, repartent, semblent sauter d'un microtubule à l'autre, effectuant un trajet en zigzag et se déplaçant même parfois vers l'arrière. Mais elles atteignent tout de même leur destination. Ce voyage au noyau prend environ deux à quatre heures. Le rôle de la dynéine a été confirmé en injectant un anticorps dans les cellules qui empêche les moteurs moléculaires de travailler. Quand ceux-ci s'arrêtent, les particules virales sont trouvées dispersées dans toutes les cellules hôtes, non rassemblées autour des noyaux. À la périphérie nucléaire interne, les scientifiques ont pu filmer les virus en train de former des complexes avec le matériel génétique des cellules hôtes.

Références: David McDonald, Marie A. Vodicka, Ginger Lucero, Tatyana M. Svitkina, Gary G. Borisy, Michael Emerman, and Thomas J. Hope. Visualization of the intracellular behavior of HIV in living cells. J. Cell Biol. 2002 159: 441-452.

Le magazine Science a fait de cet article, le "choix du rédacteur" dans son numéro du 22 novembre, et la recherche sera décrite dans la prochaine parution de Nature Cell Biology


Coinfection VIH/VHB : des risques hépatiques plus élevés

L'infection par le virus de l'hépatite B (VHB) est fréquente au cours de l'infection par le VIH et la coinfection par le VIH est associée à une augmentation de la mortalité liée à une pathologie hépatique. Le risque des décès liés à cette dernière est 17 fois plus élevé chez les hommes coinfectés par le VIH et le virus de l'hépatite B (VHB) que chez les hommes infectés par le VHB seulement. Par ailleurs, l'augmentation est particulièrement visible en cas de taux de CD4 très faible.

Telle est la conclusion d'une étude portant sur 5293 homosexuels masculins qui participaient à la Multicenter AIDS Cohort Study (MACS). Les élements de suivi portaient sur la période 1994-2000.

Ce résultat souligne le besoin d'une prise en charge optimale du VHB en cas de coinfection par le VIH.

Référence : Lancet. 2002. 360: 1921-26


SIDA: un vaccin efficace chez le singe

Au contraire des vaccins classiques qui protègent les animaux et les humains d'une contamination contre un microbe, les vaccins thérapeutiques sont des vaccins qui sont administrés à des personnes déjà malades. Ces vaccins sont utilisés dans l'espoir d'aider les personnes à combattre la maladie, en renforçant leurs défenses immunitaires. Ils visent à stopper ou à ralentir la progression des pathogènes. Une équipe de chercheurs français et chinois de l'Université René Descartes-Paris V est parvenue à stopper la progression du virus du sida chez des singes infectés par leur propre forme du virus, le SIV, virus de l'immuno-déficience simienne.

Le Dr Wei Lu, de l'Institut de recherche sur les vaccins et l'immunothérapie des cancers et du sida de Paris, a traité dix singes, des macaques de Chine, en ayant recours, à la fois à des cellules dendritiques - présentes à la surface du mucus et de la peau et grands pourvoyeurs d'anticorps qui combattent les agents pathogènes - prélevées sur des animaux récemment infectés et à une forme artificiellement inactivée du virus du sida du singe. Cette inactivation conserve son apparence au virus mais l'empêche de se multiplier. Mis en présence des cellules dendritiques, le virus inactivé les a envahies mais s'est effectivement trouvé incapable de se reproduire. Après incubation, les cellules phagocytées ont été réinjectées en cinq phases successives dans l'organisme des animaux préalablement infectés. Les macaques ont reçu cinq injections en deux mois. Bien que le virus n'ait pas été totalement éliminé, son taux circulant a été diminué de façon importante chez sept d'entre eux, dix mois après le traitement. On a également pu observer une augmentation du nombre des cellules du système immunitaire.

Ces travaux sont présentés dans la revue Nature Medicine de janvier. Dans un point de vue accompagnant cet article, la revue salue "un nouvel espoir dans la mise au point de vaccins thérapeutiques capables d'éviter les souffrances et de prolonger la vie des malades". Les auteurs soulignent toutefois que les macaques de Chine ne sont pas les plus couramment employés et que les résultats obtenus pourraient être propres à cette espèce. Les singes ordinairement utilisés sont les macaques d'Inde chez lesquels le processus de l'infection par le virus est mieux connu, notent-ils. En outre, ajoutent-ils, il va falloir vérifier si ce possible vaccin thérapeutique est aussi efficace à des stades chroniques de l'infection - quand le virus a eu le temps de se diversifier - qu'à ses débuts

Référence: article disponible sur le site Internet de la revue "Nature Medicine" :

http://www.nature.com/naturemedicine


VIROLOGIE MÉDICALE ET APPLIQUÉE: AUTRES VIRUS


Un éventuel traitement antiviral contre la variole

Il ressort d'une expérience menée par des scientifiques tchèques qu'une drogue actuellement autorisée pour le traitement d'une infection opportuniste chez des personnes atteintes du SIDA pourrait aussi être un traitement efficace contre la variole

Dans leur étude, les chercheurs ont testé l'efficacité de plusieurs drogues pour empêcher la réplication du virus de la vaccine. Celui-ci est un parent éloigné du virus de la variole et est utilisé dans le vaccin actuel contre cette dernière maladie. Il est apparu qu'une drogue antivirale, le cidofovir, qui a été déjà approuvé pour le traitement de la rétinite à cytomégalovirus humain chez les patients immuno-compromis, est aussi fortement active contre l'infection à poxvirus. Ainsi, en l'absence de vaccination, le Cidofovir, qui est sur le marché, pourrait être un excellent candidat pour le traitement de la variole.

 Référence: R. Snoeck, A. Holy, C. Dewolf-peeters, J. Van Den Oord, E. De Clercq, and G. Andrei. 2002. Antivaccinia activities of acyclic nucleoside phosphonate derivatives in epithelial cells and organotypic cultures. Antimicrobial Agents and Chemotherapy, 46: 3356-3361.


Le cytomégalovirus humain commence à révéler les secrets de sa latence

Des scientifiques de Princeton ont fait un pas important vers la compréhension des mécanismes qui font que le cytomégalovirus humain qui infecte la moelle osseuse, peut s'y cacher et y rester dormant jusqu'à ce qu'il émerge encore provoquant des maladies sérieuses (varicelle, zona) chez les patients greffés, quelques nouveaux-nés et d'autres présentant un système immunitaire affaibli. On estime que environ 50 à 85 pour cent d'Américains sont infectés par le cytomégalovirus avant l'âge de 40 ans. Le seul moyen de traitement qui existe actuellement contre le cytomégalovirus est une drogue antivirale appelée le gancyclovir, qui arrête la réplication du virus pendant sa phase active d'infection, mais n'a aucun effet durant l'étape latente, alors que le virus ne se réplique pas. Malheureusement et jusqu'ici, les scientifiques n'ont pu étudier le virus pendant la phase latente parce qu'ils ne disposent pas de système in vitro pour le faire.

Dans une toute récente étude, Felicia Goodrum, un étudiant postdoctoral, et Tom Shenk, un professeur de biologie moléculaire, ont pu mettre au point un tel système de laboratoire qui permet d'étudier le virus pendant sa latence. En effet, ils ont montré qu'il était possible d'établir une infection latente dans des cellules fraîches de moelle osseuse, maintenues dans un état aussi proche que possible des conditions in vivo, puis d'y réactiver un cycle infectieux productif.

Ils tablent maintenant sur leur système, pour découvrir l'ensemble de gènes que le virus emploie dans son état latent. Munies de ces renseignements, les compagnies pharmaceutiques pourraient concevoir des drogues qui perturberaient ces mécanismes génétiques. Une autre utilisation possible pour leur recherche serait de développer un test de diagnostic qui indiquerait quand le virus est susceptible de se réactiver. Si les scientifiques pouvaient identifier exactement quels sont les gènes qui "s'allument" juste avant la réactivation, cette information serait précieuse au corps médical pour décider du moment opportun d'administrer les drogues antivirales aux patients. Actuellement, les médecins prescrivent le gancyclovir de façon préventive quoiqu'il ait des effets secondaires significatifs. Finalement, ce travail permettrait d'apporter une réponse aux grandes questions qui ont longtemps éludé les chercheurs. On ne sait pas, par exemple, parmi les nombreux constituants de la moelle, quelles sont les cellules spécifiques que le virus infecte. Dans son étude, Goodrum a pu rétrécir l'éventail possible à un groupe cellulaire qui constitue environ 1 pour cent des cellules de la moelle. La prochaine étape, a-t-elle indiqué, sera de rechercher de plus petites sous-populations de cellules et de comparer l'activité du virus et de ses gènes dans chacune d'elles.

Référence : Felicia D. Goodrum, Craig T. Jordan, Kevin High, and Thomas Shenk . Human cytomegalovirus gene expression during infection of primary hematopoietic progenitor cells: A model for latency . PNAS. Published in line November 27, 2002. Scheduled to appear in the journal's Dec. 10 print edition.


Un virus humain commun pourrait être associé au cancer du colon

Il existe un virus humain, appelé le virus de JC (JCV), qui infecte plus de 90 pour cent de la population , habituellement pendant la petite enfance. Ce virus pénètre dans l'organisme par les voies respiratoires supérieures et reste latent chez la plupart des personnes. Cependant, chez les individus dont les systèmes immunitaires sont déprimés, le JCV peut redevenir actif et contribuer au cancer du cerveau ou causer une maladie démyélinisante mortelle, la leucoencéphalopathie multifocale progressive.

La présente étude suggère que, en plus de la transmission respiratoire, le virus peut pénétrer oralement par la nourriture ou l'eau souillée. Une fois parvenu dans la région intestinale, le génome viral exprime l'antigène T, reconnu pour ses propriétés oncogènes, et l'associe à la ß-caténine, une protéine soluble importante pour le contrôle de la division cellulaire. De ce fait, la fonction de la la ß-caténine est alors déréglée et cette dérégulation serait responsable de l'apparition de tumeurs dans le gros intestin. Les chercheurs, utilisant les toutes dernières techniques de micro-dissection au laser, ont prélevé des cellules normales et cancéreuses du tissu intestinal et y ont recherché par amplification génomique la présence de l'ADN du virus de JC. Les résultats ont établi la présence du génome précoce viral dans 22 des 27 tumeurs prélevées, et l'antigène T a pu être observé dans plus de 50 pour cent des échantillons.

Toutefois, ce n'est pas parce qu'un virus ou ses produits sont détectés dans une tumeur, qu'ils sont forcément en cause. En effet, la tumeur pourrait être provoquée par d'autres éléments et le virus ne serait qu'un cofacteur; par ailleurs, la tumeur et la présence du virus ne pourraient être que simple coïncidence. La question qui se pose maintenant aux chercheurs est donc de déterminer si le virus de JC cause réellement des tumeurs.

Référence. "Association of Human Polyomavirus JCV with Colon Cancer: Evidence for Interaction of Viral T-Antigen and -catenin," Dec. 1 issue of the Journal of Cancer Research


Une tique peut-elle transmettre l'hépatite C ?

Le 9 juillet aux USA, une jeune technicienne médicale donne son sang. Le don est négatif pour tous les marqueurs de maladies infectieuses, mais révèle la présence de Babeschia microti. En septembre, la jeune femme se sent fatiguée, perd l'appétit, se plaint de crampes abdominales et remarque que ses urines sont foncées…Au terme d'une autre série d'examens, elle découvre qu'elle est séropositive au virus de l'hépatite C (VHC).

La question qui se pose est ainsi de savoir si la tique peut être le vecteur du VHC ! Trois hypothèses peuvent être envisagées :

- la coïncidence d'une morsure de tique et d'une exposition sexuelle au VHC. Ceci paraît peu probable, considérant la faible incidence des deux infections.

- une exposition professionnelle et simultanée à B.microti et au VHC.

- la possibilité que les deux agents aient été transmis ensemble, par morsure d'une tique doublement infectée. Des travaux ont démontré que ce dernier scénario n'était pas à écarter…

Source: Le Quotidien du Médecin, n° 7223


Le vaccin anti-papillomavirus humain de type 16 (HPV16) est efficace.

Parmi les cent types de papillomavirus humains (HPV), une trentaine peuvent être transmis sexuellement. Certains d'entre eux, comme les types 6 et 11 provoquent les condylomes acuminés, en fait des verrues anogénitales bénignes. D'autres, au nombre de plus d'une vingtaine et notamment les types 16, 18, 31 et 33, sont associés au cancer du col.

Des chercheurs ont évalué l'efficacité d'un vaccin contre le HPV16 sur plus de 2 400 femmes qui avaient reçu les unes un placebo, les autres trois doses de vaccin. Toutes ces femmes, qui ont été suivies pendant un an et demi après la vaccination, ne présentaient aucune infection au début de l'étude. Au terme de l'essai, il s'est avéré que les femmes vaccinées avaient été protégées non seulement de l'infection, mais aussi du développement de tumeurs cancéreuses. A l'inverse, 41 cas d'infection à HPV16 ont été observés chez les femmes qui n'avaient pas été vaccinées. Et parmi ces dernières, 9 ont développé une tumeur cancéreuse associée à l'infection par le HPV16.

Référence : Koutsky LA, Ault KA, Wheeler CM, Brown DR, Barr E, Alvarez FB, Chiacchierini LM, Jansen KU; Proof of Principle Study Investigators. A controlled trial of a human papillomavirus type 16 vaccine. N Engl J Med. 2002 Nov 21;347(21):1645-51.


Le CMV serait-il impliqué dans le cancer colique ?

Le service de chirurgie de Birmingham publie dans Lancet une étude montrant une fréquence élevée de détection d'antigènes du CMV dans les cancers du côlon. Le CMV est un bêta-herpesvirus endémique dans les pays développés. La réactivation du virus à la faveur d'une immunodépression peut déclencher des infections graves parmi lesquelles les colites démontrent un tropisme du virus pour la muqueuse digestive in vivo. On sait que, in vitro, ce virus possède des propriétés transformantes en interférant avec le cycle cellulaire et l'apoptose. Plus particulièrement, le CMV est mutagène, favorise l'expression de la cyclo-oxygénase 2 (COX-2) et stimule l'angiogenèse. Il était donc intéressant d'étudier si CMV pourrait être impliqué dans l'oncogenèse des cancers coliques.

Par diverses techniques, Harkins et al ont recherché des traces du CMV dans des polypes et des cancers coliques de même que dans l'épithélium digestif sain au voisinage de ces lésions chez les mêmes patients. L'immunohistochimie (IHC) et l'hybridation in situ (HIS) permettaient de mettre en évidence un signal spécifique du virus au niveau des lésions tumorales mais pas dans le tissu sain avoisinant. Par PCR et séquençage, des séquences du CMV étaient retrouvées dans les tissus positifs avec les deux premières techniques. Ainsi, 78% à 92% des lésions tumorales bénignes ou malignes présentaient des traces du virus versus aucun des échantillons de tissu sain issus des mêmes patients. In vitro, l'infection d'une lignée de cellules de cancer colique permettait l'expression spécifique de COX-2 et de Bcl-2, deux éléments impliqués dans le développement de cette tumeur. L'infection de ces lignées cellulaires est connue pour dépendre d'un stade spécifique de différenciation et le virus n'est donc peut-être qu'un "passager" de ces tumeurs digestives. Ses nombreuses propriétés transformantes le mettent toutefois sur la liste des suspects.

Référence: Harkins L, Volk AL, Samanta M et al. Specific localisation of human cytomegalovirus nucleic acids and proteins in human colorectal cancer. Lancet. 2002 Nov 16;360(9345):1557-63.


L'encéphalite causée par le virus du Nil occidental serait induite par une protéine virale qui déclencherait l'apoptose cellulaire.

Le virus West Nile est un flavivirus transmis par les moustiques, qui peut causer des symptômes apparentés à la grippe chez les personnes affectées. Dans de rares cas, l'infection peut mener à une méningite (inflammation des membranes entourant le cerveau et la moelle épinière) ou à une encéphalite (inflammation du cerveau).

Jusqu'ici, nous comprenions très peu la pathogénie de la maladie provoquée par ce virus, mais il vient maintenant d'être démontré, par des chercheurs de la Faculté de médecine de l'Université de Pennsylvanie, que la protéine qui forme la capside protectrice entourant le matériel génétique peut contribuer à l'inflammation mortelle liée au virus.

En effet, cette protéine est une protéine destructive qui peut déclencher l'apoptose, le programme auto-destructeur des cellules. Plus précisément, c'est une partie spécifique de la protéine de capside, appelée la région terminale 3', qui est responsable du processus de suicide cellulaire en perturbant le potentiel de membrane des mitochondries. Ceci mène à l'activation de protéines telles que la caspase-9 et la caspase-3 qui déclenchent une cascade de réactions amenant la cellule à s'auto-digérer. Puisque la protéine WNV-CP pénètre dans le noyau de la cellule, il est possible qu'elle modifie la machinerie transcriptionelle de la cellule hôte, avec pour résultat une surproduction de certaines protéines liées à un programme d'apoptose qui rétroagissent par conséquent avec les mitochondries. Alternativement, quand WNV-CP se déplace du cytoplasme au noyau, elle peut inactiver une partie importante du système de prévention de l'apoptose et de ce fait induisant cette dernière.

Référence : Yang J-S, Ramanathan MP, Muthumani K, Choo AY, Jin S-H, Yu Q-C, et al. Induction of inflammatino by West Nile virus capsid through the caspase-9 apoptotic pathway. Emerg Infect Dis [serial online] Déc.2002


Un vaccin contre l'Herpès génital, mais seulement pour les femmes !

Maladie sexuellement transmissible, l'herpès génital peut aussi être transmis par simple contact avec la peau ou les organes génitaux d'une personne malade. Mis à part le risque majeur de stérilité qu'elle entraîne, c'est une infection fort douloureuse et qui perturbe beaucoup la vie sexuelle des personnes atteintes. L'herpès génital est chronique et récidivant, par exemple chaque mois lors des règles. Douloureux ou simplement gênant, il est très contagieux, même en dehors des poussées. Le traitement antiviral permet de raccourcir la durée des crises et la contagiosité, mais aussi d'espacer les récidives.

Deux essais cliniques de vaccination contre l'herpès génital ont donné, malgré des différences entre hommes et femmes, des résultats satisfaisants. Le vaccin pourrait être disponible… dans quelques années.

Le problème est que si les femmes paraissent ainsi protégées des virus herpétiques de types 1 et 2, les hommes pour leur part, ne retirent aucun bénéfice de la vaccination. Cela dit, ce serait malgré tout déjà une avancée majeure de pouvoir prévenir la maladie chez la femme. Cette différence entre les deux sexes pourrait être due au fait que l'immunité est davantage stimulée chez la femme. Chez cette dernière, le virus herpès de type 2 persiste longtemps dans le vagin et les muqueuses génitales et il pourrait activer localement les réponses immunitaires et anti-infectieuses de l'organisme. Chez l'homme, où les lésions péniennes sont plus limitées, le virus passe rapidement dans le torrent sanguin et il est possible que ses capacités d'activer le système immunitaire soient, pour ce motif, plus faibles. Il ne s'agit toutefois que d'une simple hypothèse, à vérifier.

Référence: Roxanne Nelson. Vaccine effective in reducing genital herpes disease in women. The Lancet. 2002. 360 : p.1756


De tueur, le virus d'Ebola pourrait devenir guérisseur

On sait que la thérapie génique est l'introduction de nouveau matériel génétique dans un organisme à des fins thérapeutiques. La capacité des virus à introduire de nouveaux gènes dans les cellules en a fait l'outil de prédilection de cette technique. D'habitude, un virus injecte son propre matériel génétique dans une cellule, mais les scientifiques ont appris comment "emprunter" la capside externe d'un virus nocif et la remplir avec un matériel génétique salutaire pour le destinataire. Ces capsides sont faites de protéines, molécules énormément complexes formées de longues chaînes d'acides aminés. Ce sont ces protéines qui permettent à un virus de s'attacher aux membranes des cellules et de pénétrer à l'intérieur. Leur complexité rend difficile le travail des chercheurs.

Pour obvier à ce problème, l'équipe de Sanders a examiné les 675 protéines variables qui composent les capsides des différentes souches d'Ebola, et a noté une séquence particulière de 181 acides aminés ayant des caractères chimiques semblables et remplissant la même fonction biochimique dans chaque souche virale, en l'occurrence servant au virus à s'évader du système immunitaire. Ceci était intéressant car, dans les expériences de thérapie génique, les virus utilisés n'ayant pas besoin de se cacher du système immunitaire, on pouvait raisonner qu'il était inutile d'inclure cette section dans les vecteurs viraux. Fort de cette hypothèse, le groupe a donc éliminé ces 181 acides aminés de la capside. Leurs efforts ont payé car la capside d'Ebola ainsi modifiée a non seulement prouvé son efficacité à s'attacher aux membranes cellulaires mais s'est également avérée plus efficace pour livrer sa charge utile génétique.

Jusqu'à maintenant, les virus modifiés pouvaient seulement être injectés. Grâce à la présente recherche, on posséde un virus qui peut être inhalé et qui est plus facilement produit en laboratoire que sa version naturelle. Ainsi Ebola, un des premiers vecteurs géniques à pouvoir être inhalé plutôt qu'injecté, pourrait devenir une arme efficace dans le combat contre les affections pulmonaires génétiques. Dans une prochaine étape on essayera de corriger certains gènes défectifs des cellules de poumon : le cancer pulmonaire et la fibrose cystique seront les maladies auxquelles le groupe de Sanders s'attaquera.

Référence : Scott A. Jeffers, David Avram Sanders, and Anthony Sanchez. Covalent Modifications of the Ebola Virus Glycoprotein. J. Virol. 2002. 76: 12463-12472.


Les oiseaux pourraient être vecteurs du virus d'Ebola

Depuis sa découverte en 1976, Ebola a été responsable de centaines de morts en Afrique centrale. Des taux de mortalité entre 50 et 90 pour cent sont communs et les humains et les singes sont susceptibles. La source du virus en nature demeure inconnue.

Sanders et son groupe de recherche ont découvert que la capside protéique externe d'Ebola a une structure biochimique semblable à celle de plusieurs rétrovirus portés par des oiseaux. Ceci milite en faveur d'une origine évolutive commune et suggère également qu'Ebola pourrait être transmis aux populations humaines par l'intermédiaire des oiseaux. Ce mode de transmission n'est pas, pour le moment documenté, mais la ressemblance de tous ces virus devrait mettre en garde les responsables de la santé. Ceci est d'autant plus important qu'Ebola est un des virus qui sont dans la mire des agences des Etats-Unis, responsables de la lutte contre le bioterrorisme.

Référence : Scott A. Jeffers, David Avram Sanders, and Anthony Sanchez. Covalent Modifications of the Ebola Virus Glycoprotein. J. Virol. 2002. 76: 12463-12472


Une nouvelle arme contre des bactéries pathogènes pouvant être présentes dans les huîtres.

Vibrio vulnificus est apparenté à la bactérie du choléra et se reproduit naturellement en présence des algues microscopiques de l'eau de mer. Quand les huîtres mangent les algues, elles concentrent le vibrio. Dès lors, les gens peuvent entrer en contact avec la bactérie, soit en mangeant les huîtres crues (la cuisson des bivalves tue la bactérie), soit en exposant une blessure ouverte, à l'eau ou à la boue où la bactérie est présente. La plupart des personnes exposées n'ont aucun mauvais effet parce que leurs corps combattent facilement le microbe. Cependant, les gens qui souffrent de dommages hépatiques, de cirrhose alcoolique par exemple, peuvent, eux, être affectés. On recense annuellement aux Etats-Unis, 30 à 50 cas de la maladie. Les symptômes sont semblables à ceux de la grippe avec choc et fièvre élevée, des lésions apparaissant finalement sur les jambes du patient. Puisque l'infection au vibrio ressemble à la grippe ou à d'autres maladies moins nocives, elle reste souvent non diagnostiquée jusqu'à ce qu'apparaissent les étapes finales. À ce point, la maladie ne répond pas bien aux antibiotiques, et c'est ainsi que, bien que rare, la maladie est grave et souvent mortelle, tuant entre 50 pour cent et 75 pour cent de ceux qui sont infectés.

Cherchant une alternative aux antibiotiques, les chercheurs ont décidé d'examiner l'efficacité des bactériophages. Pour ce faire, les scientifiques ont isolé les bactériophages qui s'attaquent naturellement au vibrio à partir d'huîtres achetées sur les marchés de fruits de mer ou prélevées dans la boue des eaux côtières de la Floride. Ils ont multiplié les bactériophages au laboratoire et les solutions obtenues, contenant des quantités concentrées de virus, ont alors été injectées dans les veines caudales de souris atteintes par le vibrio. Le résultat: les chercheurs ont trouvé que le traitement aux bactériophages guérissait les souris même après qu'elles aient commencé à éprouver les symptômes de la maladie. Alors que chez les animaux infectés et non traités, on trouvait 100 millions de bactéries par gramme de tissu, on n'a observé nulle trace de vibrio chez les souris traitées.

Les auteurs pensent maintenant à employer les bactériophages pour épurer les huîtres avant qu'elles atteignent les consommateurs. L'idée serait, après que les huîtres aient été récoltées, de les submerger pour un temps dans de l'eau où seraient présents les bactériophages. Une telle technologie serait plus rapide et meilleur marché qu'un nouveau traitement contre la maladie. Un autre but de la recherche est de déterminer si les bactériophages peuvent être incorporés dans une crème topique pour traiter les blessures cutanées.

Référence: Karen E. Cerveny, Angelo DePaola, Donna H. Duckworth, and Paul A. Gulig . Phage Therapy of Local and Systemic Disease Caused by Vibrio vulnificus in Iron-Dextran-Treated Mice Infect. Immun. 2002. 70:6251-6262 .


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Mis à jour le 24 décembre 2002