Nombreux sont les sites Internet consacrés aux sciences. Plus rares sont ceux consacrés à la virologie, et , parmi eux, plus rares encore sont ceux disponibles en français. "Récentes perspectives en virologie" veut, dans la mesure du possible, combler cette lacune en faisant état chaque mois des tous derniers travaux dans divers champs de la virologie tant fondamentale qu'appliquée. De septembre à avril, le site sera constamment complété et mis à jour, aussi les lectrices et lecteurs intéressés sont-ils avisés de le consulter régulièrement au moins sur une base hebdomadaire.
Jean Robin, Ph.D.DANS CE NUMÉRO DE RÉCENTES PERSPECTIVES EN VIROLOGIE
1- STRUCTURE ET PROPRIÉTÉS DES VIRUS Utilisation de la spectrométrie de masse pour mesurer la masse des virus 3- ATTACHEMENT ET INTERNALISATION DES VIRUS 4- TRANSPORT INTRACYTOPLASMIQUE 7- MORPHOGÉNÈSE ET SYNTHÈSE IN VITRO 8- RELARGAGE 10-ONCOGÉNÈSE 11- INFECTION ET IMMUNITÉ Identification des risques de propagation des maladies virales respiratoires en milieu hospitalier Perte de l'immunité vaccinale anti varicelleuse au fil du temps Avancée significative: production d'un vaccin influenza par culture sur une lignée cellulaire d'insecte Une résistance aux antiviraux Tamiflu et Relanza est constatée chez les virus Influenza de type B Utilisation du virus de la papaye comme adjuvant vaccinique de nouvelle génération Le
darunavir: un nouvel antiviral prometteur contre le
VIH/sida
L'analyse confirme que le berceau du H5N1 se trouve en Chine Le poliovirus apporte un nouvel espoir pour le traitement du neuroblastome Autre application humaine de thérapie par les phages Une autre application, cette fois aux végétaux, de la thérapie par le lysozyme du phage T4 Et si le virus de l'hépatite B se transmettait par la sueur ? Utilisation in vitro des
protéines à doigt de zinc contre les filovirus
<<<<NOUVEAU
1- STRUCTURE ET PROPRIÉTÉS DES VIRUS Utilisation de la spectrométrie de masse pour mesurer la masse des virus La spectrométrie de masse est une technique d'analyse chimique permettant de détecter et d'identifier des molécules d'intérêt par mesure de leur masse monoisotopique. De plus, la spectrométrie de masse permet de caractériser la structure chimique des molécules en les fragmentant. Son principe réside dans la séparation en phase gazeuse de molécules chargées (ions) en fonction de leur rapport masse/charge (m/z). La spectrométrie de masse est utilisée dans pratiquement tous les domaines scientifiques : physique, astrophysique, chimie en phase gazeuse, chimie organique, dosages, biologie, médecine... En utilisant cette technique, des chercheurs viennent de montrer qu'ils étaient capables de déterminer les masses de 3 différents types de virus de diamètres compris entre 80 et 300 nm (entre 2.4 10E-16 g pour l'adénovirus et 5,4 10E-15 g pour la vaccine) avec une précision de +/- 1%, ce qui améliore nettement les résultats qu'ils avaient déjà obtenus en 2005 où les marges d'erreur étaient encore de +/- 15%. Ils espèrent encore progresser pour atteindre des marges d'erreur de 0,1%. Ce nouveau modèle de "Laser-Induced Acoustic Desorption Mass Spectrometer" a plusieurs particularités qui le rendent efficace: - Les virus doivent être convertis par une charge électrique en phase gazeuse, puis sont accélérés dans un champ électrique et doivent en même temps rester intacts. Les chercheurs ont ainsi choisi pour cela une méthode douce connue sous le nom de LIAD (Laser-Induced Acoustic Desorption). Les virus sont envoyés par des ondes sonores excitées par laser et récupérés par une "trappe d'ions". - C'est la structure spéciale de la "trappe d'ions" qui a permis ces mesures extrêmement précises. Les chercheurs ont utilisé une trappe cylindrique (CIT) à la place de la trappe quadripolaire classique. Une telle précision peut permettre, de réaliser une base de données des différents virus selon leur poids, de déterminer directement chez le patient le virus par son poids ou encore d'identifier les mutations des virus en contrôlant leur masse. Référence - Peng, w.p
. and Chen
Ch. Laser-induced acoustic desorption mass spectrometry of
single bioparticles.Angew Chem Int Ed Engl. 2006 Feb
20;45(9):1423-6
Une technique biochimique prometteuse pour l'étude de la réplication virale: visualisation de protéines et de leurs interactions in cellulo De nombreux laboratoires de virologie ont des thématiques de recherche qui consistent à utiliser diverses approches pour caractériser les interactions entre protéines virales et protéines de l'hôte, notamment celles déterminantes de la viruleece et de la pathogénèse. Cette approche, connue sous le nom de protéomique, est sans cesse à la recherche de techniques de plus en plus performantes. Voici que des scientifiques du Centre de Recherche en Environnement et Santé (GSF) près de Munich viennent de mettre au point une méthode qui, basée sur le marquage fluorescent, permet, pour la première fois, de visualiser les interactions protéiques ainsi que les partenaires respectifs de la réaction, à l'intérieur d'une cellule vivante. Jusqu'à présent, lorsqu'il n'y avait pas de signal d'interaction, on ne pouvait pas savoir si celle-ci n'avait pas lieu ou si l'un des partenaires de la réaction n'était pas synthétisé. Le nouveau système de visualisation l'exBiFC, "extended Bimolecular Fluorescence Complementation", permet de circonvenir cette difficulté. La technique a été validée en travaillant sur l'identification des mécanismes cellulaires responsables de la multiplication de virus VIH. Pour cela, les chercheurs ont dû étudier les interactions entre les protéines cellulaires et les protéines régulatrices du virus, notamment la protéine Rev. Cette phosphoprotéine inhibe l'épissage des ARN messagers (ARNm) viraux et permet leur transport vers le cytoplasme pour la traduction et donc la formation de nouveaux virions. Les interactions de Rev dans la cellule peuvent être visualisées grâce à l'exBiFC. La technique consiste à associer les deux partenaires d'interaction potentiels à un peptide-fusion fluorescent respectivement rouge ou bleu ainsi qu'à deux fragments complémentaires du peptide-fusion jaune. Ainsi, les fluorescences rouge et bleu indiquent que les deux partenaires de l'interaction ont bien été produits dans la cellule. Si les deux partenaires interagissent, le peptide-fusion jaune est reconstitué et un signal fluorescent est alors visualisé. Grâce à cette technique, l'équipe a pu mettre en évidence, dans des cellules vivantes, l'interaction des protéines Rev entre elles ainsi qu'avec les protéines cellulaires impliquées dans le transport nucléo-cytoplasmique, Risp (Rev-interacting shuttle protein) et Exportine-1 (CRM-1). Cet outil élégant ouvre la voie à de nombreuses applications pour l'étude des interactions in cellulo, notamment dans le cas du VIH. Source - http://www.gsf.de/neu/Aktuelles/Presse/2007/proteine_en.php
Les bactéries peuvent, elles aussi, être infectées par des virus, appelés bactério)phages. Ces phages sont généralement spécifiques d'une bactérie et conduisent à sa destruction. Ils sont donc potentiellement intéressants pour la lutte antibactérienne. Tel un virus cellulaire, le phage introduit son matériel génétique dans la bactérie où il est répliqué et traduit, conduisant ainsi à la néo-synthèse de virions. La capside du phage est d'abord formée puis l'ADN phagique doit être empaqueté dans cette "coquille". Comme nous l'exposions récemment, ceci est possible grâce à une structure circulaire de la capside : le connecteur qui , alternativement, se contracte puis s'allonge et pousse ainsi petit à petit le matériel génétique du phage dans la capside. On sait cependant que le matériel génétique doit être empaqueté de manière très compacte dans la capside, de sorte que la pression soit suffisante pour une injection future de cet ADN dans une bactérie. Or ceci n'est possible que grâce à un moteur moléculaire puissant dont le connecteur ferait partie intégrante. On a ainsi montré la présence d'ATPases, enzymes hydrolysant l'ATP, associées en anneau avec le connecteur et apportant l'énergie nécessaire au mouvement mécanique. Le transfert d'ADN apparaît cyclique : toutes les ATPases ne libèrent pas leur l'énergie en même temps d'où un remplissage en plusieurs étapes de la capside. Restait à clarifier comment les ATPases s'y prennent pour produire le mouvement nécessaire de l'ADN. Une équipe de chercheurs vient de proposer une explication. Selon elle, les ATPases travailleraient tout comme les hélicases, ces moteurs moléculaires qui catalysent la séparation des deux brins de la double hélice d'ADN, permettant ainsi l'accès aux bases individuelles formant le code génétique. Pour ce faire, les hélicases progressent le long de l'ADN qu'elles cramponnent puis relâchent successivement. Les scientifiques pensent que les ATPases immobiles auraient, elles aussi, la propriété de saisir puis libérer les filaments d'ADN en les poussant ainsi progressivement dans la capside. Étant donné que l'herpès et d'autres virus contiennent des moteurs d'empaquetage de l'ADN semblables, ces résultats pourraient contribuer à la mise au point de drogues qui interféreraient dans la fonction de ces moteurs et par conséquent permettraient de lutter contre ces infections virales. Référence - Siyang Sun, Kiran Kondabagil, Petra M. Gentz, Michael G. Rossmann, and Venigalla B. Rao. The Structure of the ATPase that Powers DNA Packaging into Bacteriophage T4 Procapsids. Molecular Cell, Vol 25, 943-949, 23 March 2007. Source: Purdue University Biologists learn structure of enzyme needed to power 'molecular motor http://news.uns.purdue.edu/x/2007a/070322RossmannEnzyme.html
Essais prometteurs d'un vaccin expérimental contre le cytomégalovirus (CMV) responsable de l'infection materno-ftale L'infection à cytomégalovirus (CMV) est l'infection materno-foetale (transmise de la mère à l'enfant pendant la grossesse) la plus fréquente, touchant 1 à 2 % des nouveau-nés. Elle représente la principale cause des handicaps neuro-sensoriels (cérébraux, auditifs et visuels) acquis au cours de la vie intra-utérine. Ainsi donc, depuis quelque temps, plusieurs vaccins sont en cours de développement. Pour l'un d'eux, des résultats encourageants viennent d'être obtenus. Il s'agit d'un candidat vaccin qui emploie un virus génétiquement modifié servant de vecteur au gène producteur d'une protéine du CMV. Le vaccin a été injecté à des cobayes femelles avant qu'elles soient gravides. Soumis par après au virus CMV, les animaux vaccinés ont eu peu de progéniture morte et se sont montré moins susceptibles que les sujets non vaccinés à communiquer l'infection à leurs petits. Plus précisément, les animaux qui ont reçu le vaccin ont donné naissance à 28 descendants viables et à quatre morts nés, soit un taux de mortalité de 13 pour cent. Ceux qui n'ont pas eu le vaccin ont eu neuf naissances viables et 12 morts, donc un taux de mortalité de 57 pour cent. Les chercheurs pensent que ces résultats sont suffisamment encourageants pour autoriser d'entreprendre, sur leur base, une étude chez l'humain. Référence - Mark R. Schleiss, and Jonathan
F. Smith. Preconceptual Administration of an Alphavirus
Replicon UL83 (pp65 Homolog) Vaccine Induces Humoral and
Cellular Immunity and Improves Pregnancy Outcome in the
Guinea Pig Model of Congenital Cytomegalovirus Infection.
The Journal of Infectious Diseases
2007;195:789-798
D'abord reconnu comme une menace mondiale à la mi-mars 2003, le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) a été endigué en moins de quatre mois. Le 5 juillet 2003, l'OMS a déclaré interrompue la chaîne de transmission interhumaine du SRAS. Si nous avons beaucoup appris sur ce syndrome depuis le mois de mars 2003, notamment qu'il est dû à un nouveau coronavirus (SARS-CoV), l'épidémiologie et l'écologie de l'infection par le coronavirus du SRAS et de cette maladie restent incomplètement connues. La possibilité d'une résurgence du SRAS est bien réelle et la menace ne doit pas être sous-estimée. Il faut se souvenir que, avant la première alerte mondiale publiée par l'OMS, personne ne savait qu'une nouvelle maladie grave, pouvant se propager rapidement en milieu hospitalier, était apparue. Le personnel hospitalier qui a soigné les premiers cas ne s'est donc pas suffisamment protégé de l'infection pendant qu'il s'efforçait avec énergie de sauver la vie de ces malades. En conséquence, la maladie s'est propagée rapidement dans les hôpitaux, en infectant le personnel, d'autres patients, des visiteurs, puis en se répandant dans les communautés avec l'infection des membres des familles et des personnes en contact rapproché. Avec le développement des flambées, le nombre des cas exportés s'est accru et, finalement, 30 pays et territoires ont notifié des cas. Ceci montre à l'évidence l'intérêt de revenir en arrière et de découvrir quelles sont les conditions qui ont faites que, dans le milieu hospitalier, le SRAS a pu se répandre et gagner le reste de la population. Une équipe de recherche s'est livrée à ce travail et livre ses conclusions. Selon celles-ci, les facteurs suivants ont facilité la propagation du virus: - le positionnement des lits d'hôpital à moins de 1 mètre de distance - le maintien en activité et la non-mise en quarantaine de soignants présentant les symptômes du SRAS - l'insuffisance de dispositifs pour le lavage de mains, de douches et de changement d'habits - l'utilisation des masques pour l''oxygénothérapie à haut débit et la ventilation à pression positive des salles Les auteurs remarquent que ces conclusions sont également valables pour toute infection respiratoire virale, dont l'influenza. Les hopitaux devront s'en souvenir éventuellement. Référence - Yu IT et al. "Why Did Outbreaks
of Severe Acute Respiratory Syndrome Occur in Some Hospital
Wards but Not in Others?" Clin Infect Dis 2007;
44:1017-25.
L'introduction de la vaccination antivaricelleuse universelle en 1995 a substantiellement réduit la morbidité et la mortalité liées à la varicelle aux États-Unis. Cependant, la persistance de l'immunité induite par la vaccination au fil du temps n'est pas claire, ce qui pourrait se traduire par une sensibilité accrue ultérieurement au cours de l'existence, à une période où le risque de complications graves pourrait être plus élevé que dans l'enfance. Les chercheurs ont examiné 10 années de données de surveillance active (1995 à 2004) au départ d'une population sentinelle de 350 000 sujets, afin de déterminer si la sévérité et l'incidence des cas de varicelle (avec une éruption débutant plus de 42 jours après la vaccination) augmentaient avec le délai écoulé depuis la vaccination. La régression logistique multivariée a été utilisée afin d'ajuster les résultats à l'année de survenue de la maladie (année calendrier) ainsi qu'à l'âge des sujets, tant lors de la survenue de la maladie que lors de la vaccination. Un total de 11 356 sujets ont présenté une varicelle durant la période de surveillance, dont 1080 (9,5 %) étaient des sujets qui avaient été vaccinés. Les enfants âgés de 8 à 12 ans qui avaient été vaccinés au moins 5 ans plus tôt étaient significativement plus susceptibles de présenter une maladie modérée à sévère que ceux qui avaient été vaccinés moins de 5 ans avant la survenue (rapport de risque, 2,6 ; intervalle de confiance à 95 % [IC], 1,2 à 5,8). Le taux annuel de varicelle chez les enfants vaccinés augmentait de façon significative avec le délai écoulé depuis la vaccination, allant de 1,6 cas pour 1000 années-sujet (IC 95 %, 1,2 à 2,0) dans l'année suivant la vaccination à 9,0 cas pour 1000 années-sujet (IC 95 %, 6,9 à 11,7) après 5 ans et 58,2 cas pour 1000 années-sujet (IC 95 %, 36,0 à 94,0) après 9 ans. Une seconde dose du vaccin contre la varicelle aujourd'hui recommandé à tous les enfants permettrait d'améliorer la protection à la fois contre l'échec vaccinal primaire et contre la perte de l'immunité induite par la vaccination. Référence - Sandra S. Chaves,
and Jane F.
Seward. Loss of Vaccine-Induced Immunity to Varicella over
Time. New England J. Of Medicine. Volume 356:1121-1129March
15, 2007
Les vaccins contre la grippe existent depuis les années 40. Le vaccin est composé de virus inactifs qui ont été cultivés dans des oeufs de poule fertilisés, et ensuite purifiés. Bien que ces vaccins soient considérés hautement efficaces, les autorités de la santé publique ressentent le besoin d'avoir une technologie de production de rechange en vue d'avoir la possibilité de produire le vaccin plus rapidement (le temps de production est actuellement de 6 mois) et à moindre coût, d'augmenter son efficacité et de pouvoir l'offrir à des personnes allergiques aux protéines d'oeufs. Ajoutons à ceci qu'en période de pandémie, il faudrait 4 milliards d'oeufs pour produire suffisamment de vaccins pour 1,2 milliard de personnes. De plus, le virus est très virulent chez les volailles. De nouvelles modalités d'obtention des vaccins sont donc nécessaires. La technologie de culture cellulaire offre tous ces avantages potentiels et pourrait donc représenter un important progrès tant dans les efforts déployés pour contrer la menace d'une pandémie que pour usage dans les périodes inter-pandémique. Il n'est donc pas étonnant que, depuis quelques années, de nombreuses recherches pour produire le virus de l'influenza par culture cellulaire aient été entreprises. C'est ainsi qu'une équipe américaine a testé sur 460 adultes, âgés de 18 à 49 ans, un vaccin expérimental. Ce dernier est un vaccin antigrippal polyvalent, de préférence trivalent, basé sur un mélange d'antigènes d'hémagglutinine de recombinaison clonés à partir de virus de la grippe ayant un potentiel épidémique. Les antigènes d'hémagglutinine de recombinaison sont des glycoprotéines (HA0) non clivées, entières, obtenues à partir de vecteurs d'expression du baculovirus dans des cultures cellulaires d'insectes et purifiées dans des conditions de non dénaturation. Les résultats montrent que les personnes vaccinées avec cette préparation ne présentent pas d'effets secondaires différents de ceux observés avec le vaccin classique et ont une réponse immunologique égale à celle déclenchée par ce dernier. Le vaccin obtenu sur culture cellulaire demande seulement deux à trois mois pour être produit, ce qui en diminue également le coût. Référence - John J. Treanor, ... and Manon
Cox. Safety and Immunogenicity of a Baculovirus-Expressed
Hemagglutinin Influenza Vaccine: A Randomized Controlled
Trial. JAMA, April 11, 2007; 297: 1577 - 1582.
Depuis deux ans, on a pu constater, dans le cas du virus de la grippe, une tendance globale vers la résistance aux antiviraux. Ceci a d'abord été le cas de l'amantadine et de la rimantadine, les 2 médicaments typiquement prescrits, et maintenant voici que, à leur tour, le Tamiflu et le Relenza se montrent relativement inefficaces. En effet, une étude montre que que des virus grippaux B prélevés chez plusieurs personnes lors d'une épidémie au Japon pendant l'hiver 2004-2005 (74 enfants avant et après un traitement avec du Tamiflu ainsi que sur 348 malades non-traités dont 66 adultes) avaient une résistance réduite au Tamiflu (chez 1,4% des malades soignés avec cet antiviral) et au Relanza (pour 1,7% de la totalité des 422 patients). Cette étude est une constatation et n'apporte aucune explication pourquoi la résistance à ces antiviraux a monté. La situation n'est pas présentement alarmante, mais elle devrait attirer l'attention sur l'importance d'une surveillance continuelle des variétés de virus et la nécessité de repenser fréquemment la manière dont ces traitements sont utilisés. Référence - Shuji Hatakeyama
and
Yoshihiro Kawaoka . Emergence of Influenza B Viruses With
Reduced Sensitivity to Neuraminidase Inhibitors. JAMA. 2007.
297:1435-1442.
Le développement de nouveaux vaccins, contenant des antigènes protecteurs de mieux en mieux caractérisés, se heurte au manque d'adjuvants qui sont indispensables à l'installation d'une réponse immune protectrice. En effet, le pouvoir immunogène d'un vaccin non adjuvanté, surtout s'il est inactivé, est souvent trop faible car la vaccination ne peut imiter parfaitement une infection naturelle. La recherche est donc incessamment en quête de nouveaux et efficaces adjuvants. Il existe ainsi une multitude d'adjuvants, de nature et d'origine extrêmement diverses, et dont il serait impossible de dresser une liste exhaustive. Voici qu'à cette dernière on peut maitenant ajouter un virus des plantes, soit, plus précisément, une version modifiée du virus de la mosaïque de la papaye. Le rôle adjuvant des particules virales serait dû à leur forme, celle d'un bâtonnet flexible formé de plusieurs copies d'une seule protéine, arrangées en spirale. Cette structure hautement répétitive et cristalline est un signal d'alarme pour le système immunitaire, car il n'y a pas de protéines semblables chez l'humain. Chose primordiale, si ce virus déclenche une alarme au sein de l'organisme, il ne présente aucun risque de provoquer une maladie. Si on modifie ce virus pour qu'il porte maintenant à sa surface des morceaux d'autres microorganismes, comme le virus de la grippe, non seulement la réponse immunitaire humorale et cellulaire est déclenchée contre virus de la papaye, mais aussi acontre les nouveaux microbes. La technologie est au point en laboratoire et les tests préliminaires chez la souris donnent d'excellents résultats sans effets secondaires. On espère, de ce fait, pouvoir avec le nouvel adjuvant prévenir des maladies pour lesquelles il n'existe toujours pas de vaccin ou pour lesquelles le vaccin traditionnel - par exemple contre l'hépatite C, le VIH ou la grippe saisonnière - est d'une efficacité discutable. En fait, estiment les chercheurs, ce pourrait bien être l'adjuvant le plus puissant et le plus sécuritaire à ce jour. En plus, l'adjuvant papaye pourrait être stocké pour de longues périodes sans réfrigération, ce qui constitue un avantage majeur. Le hic est que la mise en marché de vaccins innovateurs est un processus long et fort coûteux. Il pourrait en coûter de 400 à 500 millions de dollars avant qu'un vaccin ne soit offert à la population. Référence - Denis Leclerc,
and
Réjean Lapointe. Proteasome-Independent Major
Histocompatibility Complex Class I Cross-Presentation
Mediated by Papaya Mosaic Virus-Like Particles Leads to
Expansion of Specific Human T Cells. J. Virol. 2007 81:
1319-1326.
Certains individus, très rares, contrôlent l'infection par le VIH et ne développent pas de maladie malgré parfois plus de vingt années de séropositivité et en l'absence de traitement. On les appelle " les contrôleurs du VIH " ou HIC. Ils sont peu nombreux, moins de 1% des séropositifs, et présentent la particularité de bloquer naturellement la multiplication du virus du Sida dans leur sang. Cette capacité à contrôler l'infection pourrait être mimée par des médicaments ou un vaccin A condition de comprendre les mécanismes de ce contrôle... Ceci vient d'être réalisé par une équipe de recherche qui a mis à jour, dans le sang des HIC, des cellules capables de détruire toute trace du virus. L'étude, qui a porté sur 11 patients contrôleurs du VIH dont certains avaient été diagnostiqués séropositifs dès 1983, a permis de découvrir que, chez ces individus, certaines cellules tueuses CD8 sont capables de détruire quasi totalement les lymphocytes CD4 infectés par le VIH qui n'a pas le temps de s'y multiplier et de s'y reproduire. Les patients restent séropositifs, c'est-à-dire porteurs d'anticorps anti-VIH prouvant leur infection, mais leur charge virale (quantité de virus) est indétectable. Ils vont bien, sans avoir besoin de traitement. Le mécanisme en jeu n'est pas encore totalement clair, les résultats ayant été obtenus in-vitro, mais l'étude a permis de découvrir deux marqueurs permettant de repérer les CD8 spécifiques anti-VIH. Les chercheurs ont maintenant pour objectif de tenter d'obtenir par des méthodes de stimulation du système immunitaire des lymphocytes T CD 8 ayant le même profil. L'intérêt présenté par les patients HIC est tel que l'ANRS (l'Agence nationale de recherches sur le Sida) a décidé de mettre en place un observatoire national pour répertorier ces individus particuliers. Cette initiative devrait faciliter les prochaines études qui sont programmées. Référence - Asier
Sáez-Cirión,
and Alain Venet. HIV
controllers exhibit potent CD8 T cell capacity to suppress
HIV infection ex vivo and peculiar cytotoxic T lymphocyte
activation phenotype. PNAS published April 11, 2007,
10.1073/pnas.0611244104
La circoncision, si elle réduit le risque d'être contaminé par le virus du sida pour un homme, pourrait augmenter le risque de transmission pour les femmes De précédentes études ont confirmé l'impact spectaculaire de la circoncision sur la baisse du taux d'infection de la population masculine, mais la question restait entière quant à ses effets sur les femmes. Pour apporter une réponse, des chercheurs ont suivi 997 séropositifs et leurs partenaires féminines en Ouganda. Il ressort de cette expérience que 11 partenaires féminines de 70 hommes séropositifs qui avaient subi une circoncision ont été infectées par le virus le mois suivant l'opération. En comparaison, seulement quatre partenaires de 54 hommes séropositifs non circoncis ont contracté le VIH. Le problème vient de la cicatrisation du pénis après la circoncision. Les hommes qui n'ont pas attendu que les tissus soient totalement cicatrisés avant d'avoir des relations sexuelles (non protégées) augmentent le risque de transmission. Le virus est en effet à la fois présent dans le sang et dans le sperme. Ces résultats suggèrent que si les hommes séropositifs ne s'abstiennent pas d'avoir des relations sexuelles pendant la cicatrisation de l'acte chirurgical, leurs partenaires féminines risquent davantage d'être contaminées. Selon les spécialistes, ces résultats ne sont pas définitifs (l'échantillon est trop petit) - et ils sont très probablement influencés par d'autres facteurs, tels que l'usage du préservatif- mais ils démontrent la difficulté d'utiliser la circoncision pour prévenir le VIH en Afrique subsaharienne, où plus de 60% des personnes atteintes du SIDA sont des femmes. Les chercheurs pensent donc que ces dernières doivent être protégées pour lutter efficacement contre la maladie. Source - Health Information from Harvard medical School http://www.intelihealth.com/IH/ihtIH/WSIHW000/333/342/536461.html
Le centre VIH/sida de l'Université McGill de Montréal a suivi 2500 patients traités dans huit cliniques montréalaises pendant huit ans. Les chercheurs ont dessiné la carte d'identité des différents virus du sida en comparant leurs séquences. Ce faisant, ils ont pour la première fois relevé des "grappes", c'est-à-dire des séquences similaires chez certaines personnes. Ils ont ainsi pu déterminer que ce sont les personnes nouvellement infectés qui sont à l'origine de la moitié de tous les cas de transmission du VIH. Plus précisément, les données démontrent que ces patients sont huit fois plus susceptibles de transmettre le virus que ceux atteints de la maladie au stade chronique, dans le cas où tous ont le même mode de vie. Ceci s'explique par le fait qu'il faut actuellement de trois à six mois avant que les tests médicaux ne détectent le virus. Par ailleurs, il est possible que certaines personnes nouvellement contaminées ne reçoivent pas de diagnostic positif à cet effet lors d'un test de dépistage. Tous ces malades sont pourtant les plus contagieux parce que le virus commence à se propager dans le corps. Non avertis, ils ne prennent aucune précaution et répandent le virus. C'est la première fois que des données aussi précises sont disponibles sur la nature des transmissions. Ces nouvelles informations pourraient non seulement faire en sorte d'inciter les personnes ayant des comportements à risque élevé à devancer la prise de tests, mais elles pourraient aussi les amener à modifier leur perception quant à ce type de comportements. On voit donc qu'il est nécessaire de réorienter les messages de prévention afin de mettre en lumière la question de la primo-infection. Référence -
Bluma G.
Brenner,
and Mark A. Wainberg. High Rates of Forward
Transmission Events after Acute/Early HIV-1 Infection. The
Journal of Infectious Diseases April 1,
2007;195:951-959
Un nouveau médicament associé à un antiviral, pourrait donner des résultats satisfaisants pour les patients atteints du Vih/sida et qui sont en echec thérapeutique. Il s'agit d'une nouvelle antiprotéase le darunavir, active contre les souches multirésistantes du VIH. En effet, une étude internationale, portanr sur 110 patients recevant les doses recommandées du cocktail darunavir/ritonavir durant 48 semaines, et 120 autres traités avec une autre antiprotéase servant de groupe témoin, démontre que la combinaison améliore les défenses immunitaires à deux niveaux: · Sur le plan virologique, puisque le virus est moins présent dans le sang. Près de la moitié (45 %) des patients sous darunavir présentaient une charge virale sanguine en dessous du seuil détectable (moins 50 copies/ml) contre 10 % des patients prenant une autre antiprotéase (groupe témoin). De plus, une réduction de la charge virale a été obtenue chez 61 % des patients sous darunavir contre 15% chez les autres. · Sur le plan immunologique, puisque le nombre de cellules sanguines CD4 augmente. Cela marque une amélioration des défenses immunitaires. Des résultats semblables ont été obtenus après 24 semaines de traitement chez ces patients très immunodéprimés. Des études complémentaires, idéalement sur 2 à 3 ans ou plus, sont nécessaires. Il faudra aussi comparer le darunavir avec une autre molécule intéressante, le tipranavir, toujours en association avec le ritonavir. Référence - Clotet B,
and Lefebvre E.
Efficacy and safety of darunavir-ritonavir at week 48 in
treatment-experienced patients with HIV-1 infection in POWER
1 and 2: a pooled subgroup analysis of data from two
randomised trial. The Lancet - Vol. 369, Issue 9568, 07
April 2007, Pages 1169-1178
L'analyse confirme que le berceau du H5N1 se trouve en Chine On sait que certains oiseaux migrateurs aquatiques transportent le virus H5N1 sous sa forme hautement pathogène parfois sur de longues distances et l'introduisent dans les populations de volailles des zones se trouvant le long de leurs voies de migration. On s'attend donc à ce que le virus poursuive sa propagation le long de ces dernières et, dès lors, leur identification est donc d'une très grande importance pour pouvoir contrôler la propagation du virus. En effet, l'établissement d'une carte des routes migratoires rend possible l'isolement de la souche que l'on souhaite utiliser et la confection d'un vaccin approprié devient réalisable. De plus, en remontant les trajets de propagation, on peut identifier l'origine des souches circulantes et, donc, prendre les moyens sanitaires pour régler le problème à la base. Dans ce cadre, une récente étude présente une analyse systématique des voies de migration du virus et de son évolution . Les scientifiques ont pu identifier un grand nombre de routes par lesquelles 192 souches de H5N1 ont migré régionalement et internationalement. L'évolution de ces souches durant ces trajets a pu être suivi par la détermination des séquences génétiques des protéines de surface du H5N1, la neuraminidase et l'hémagglutinine, collectées dans une vingtaine de localités à travers l'Europe et l'Asie. Les résultats montrent que de nombreuses souches du virus sont originaires de la province chinoise de Guangdong (proche de Hong Kong) où se trouvent de vastes élevages industriels de volailles. De plus, en reconstituant ainsi l'évolution du virus H5N1, les chercheurs constatent par ailleurs que plusieurs souches virales évoluent en parallèle, permettant au H5N1 d'infecter toutes sortes d'hôtes dans la région où il arrive. Cela lui permet de trouver le meilleur vecteur pour poursuivre son expansion au niveau local. Référence - Robert G. Wallace, HoangMinh
HoDac, Richard H. Lathrop, and Walter M. Fitch. A
statistical phylogeography of influenza A H5N1. PNAS 2007
104: 4473-4478
Étant donné que des cas de transmission du virus du Nil occidental (VNO) par transfusion sanguine et transplantation d'organes ont été confirmés au Canada et aux Etats-Unis, il est capital de pouvoir disposer de tests efficaces de détection du VNO dans ce type d'échantillons biologiques.. Ceci est maintenant assuré car la FDA vient d'approuver un test d'amplification médiée par la transcription pour la détection du virus du Nil occidental dans les échantillons de sang, de plasma et d'organes donnés. Ce test appelé Procleix WNV Assay est pleinement automatisé et présente les avantages suivants: - Sensibilité analytique : capacité de détection d'au moins 95 % à 50 copies/ml - Détection de variants génétiques du VNO (p. ex. souches du lignage 1, y compris le virus Kunjin, et souches du lignage 2) avec une sensibilité similaire - Spécificité analytique : > 99,5 % Source - http://www.fda.gov/bbs/topics/NEWS/2007/NEW01578.html
Spécifique à l'enfant, le neuroblastome est une tumeur maligne de type embryonnaire dérivant des crêtes neurales, chez qui elle représente la tumeur solide la plus fréquente après les tumeurs cérébrales. Son incidence est de 1 cas par 100 000 enfants et par an. Elle se rencontre dès la naissance et exceptionnellement après la puberté, avec un pic de fréquence vers 4-5 ans. 1/3 des malades ont moins de 1 an au diagnostic, 9/10 ont moins de 6 ans. Quelques cas sont découverts lors des échographies prénatales. La chirurgie produit à elle seule des taux de survie sans maladie à long terme chez plus de 90 pour cent des enfants atteints d'un neuroblastome localisé. Pour traiter les enfants avec maladie de stade avancé, on combine les interventions chirurgicales, la chimiothérapie et la radiothérapie. On est à la recherche de nouvelles voies thérapeutiques. Étant donné que le poliovirus a la propriété de se répliquer sur des cultures cellulaires de neuroblastome, une équipe de chercheurs a décidé de voir s'il pourrait être utilisé avec succès contre des néoblastomes de la souris. Les scientifiques ont utilisé un poliovirus rendu non virulent par ingénierie génétique. Ils l'ont utilisé sur des souris transgéniques qui étaient susceptibles à l'infection par le poliovirus et qui avaient été immunisées contre la maladie. Les scientifiques ont alors injecté à ces animaux des cellules de neuroblastome possédant le récepteur CD155 employé par le poliovirus. Après environ une semaine - quand le volume moyen de la tumeur avait atteint environ 170 millimètres cube - les souris ont été randomisées et soumise à une injection intratumorale soit d'une solution saline, soit d'un échantillon du polio virus atténué, et ce pendant quatre jours consécutifs. Huit jours plus tard, les tumeurs chez toutes les souris témoins avaient grossi et atteint plus de 17 millimètres de diamètre, tandis que celles des animaux traités avaient régressé, le volume moyen de tumeur étant de 128 millimètres cubiques. Chose importante, aucun des animaux traités ne montrait des signes de la paralysie. Neuf des onze animaux traités eurent une régression tumorale complète au jour 180. Les deux autres animaux restreints accusèrent une reprise de croissance tumorale. .Mieux encore, et bien que le neuroblastome soit connu pour récidiver fréquemment, la transplantation subséquente de nouvelles tumeurs chez les animaux guéris a été suivi par la disparition de celles-ci. Pour les chercheurs, les raisons de cette immunité acquise contre le neuroblastome est encore un mystère auquel ils espèrent apporter prochainement une réponse. Référence: Toyoda H et al. "Oncolytic Treatment and
Cure of Neuroblastoma by a Novel Attenuated Poliovirus in a
Novel Poliovirus-Susceptible Animal Model." Cancer Res 2007;
67 (6):2857-64.
Les puces à ADN permettent de mesurer et de visualiser très rapidement les différences d'expression entre les gènes (profil d'expression génétique) et ceci à l'échelle d'un génome complet. De ce fait, la comparaison de deux expériences de puce à ADN sur deux cellules du même type l'une saine et l'autre malade peut permettre de découvrir des gènes exprimés uniquement dans la cellule saine (ou uniquement dans la cellule malade) par un micro-organisme donné. Il en résulte que chaque micro-organisme devrait pouvoir être identifié par sa signature génétique, c'est-à-dire par son profil génétique particulier. Cette possibilité vient d'être démontrée par une équipe de recherche qui a analysé les profils d'expression génétique dans les leucocytes de 29 enfants atteints par une des quatre infections communes : grippe (grippe A), staphylocoque (Staphylococcus aureus), streptocoque (Streptococcus pneumoniae) ou E. coli (Escherichia coli). Les chercheurs ont ainsi déterminé 35 gènes qui sont particuliers à ces infections et ont pu, grâce à eux, identifier les agents infectieux correspondants, ce, avec des taux de succès supérieurs à ceux des moyens d'identification classiques. Les scientifiques ont ainsi pu distinguer la grippe, les infections par E. coli et par streptocoque dans 95 pour cent des cas. Les profils génétiques ont aussi permis de distinguer les infections par E. coli de celles par le staphylocoque avec 85 pour cent d'exactitude. Le détail des profils d'expression génétique a également montré une distinction claire entre les pneumonies virales et bactériennes. Cette approche est bienvenue, car elle permet de pallier aux limitations des méthodes de diagnostic classiques, surtout immunologiques, qui ne peuvent être utilisées que si les micro-organismes recherchés sont présents en quantités suffisantes dans le sang des patients. Référence - Octavio Ramilo, and Damien Chaussabel. Gene expression patterns in blood leukocytes discriminate patients with acute infections. Blood, 1 March 2007, Vol. 109, No. 5, pp. 2066-2077
Les bactériophages sont des virus naturels qui attaquent et tuent des bactéries spécifiques. Les bactériophages reconnaissent à la surface de la bactérie des récepteurs spécifiques auxquels ils se lient ce qui leur permet d'injecter leur matériel génétique dans la bactérie. Par la suite, le phage utilisera la machinerie bactérienne pour se reproduire, synthétiser les protéines de la capsule et assembler tous les constituants nécessaires à la formation de nouveaux phages. La nouvelle génération de phages va quitter la bactérie en la tuant et sera prête à infecter de nouvelles bactéries. Chaque cycle de reproduction dure environ 30 minutes et produit quelques 50 à 100 phages. Ce processus continuera jusqu'à ce que toutes les bactéries spécifiques soient éliminées du système. Cette multiplication exponentielle des phages par lyse cellulaire permet de concevoir une thérapie dans laquelle ce type de virus serait utilisé pour traiter une infection. De plus, pour chaque bactérie, il existe plusieurs phages spécifiques. Les possibilités d'utilisation des phages dans le développement de thérapies nouvelles et uniques contre les bactéries sont pratiquement illimitées et nous avons eu l'occasion d'en faire écho dans des numéros précédents de "Récentes perspectives en virologie". Une nouvelle thérapie s'ajoute. Elle concerne les infections à niveau d'oreilles qui sont souvent causés par trois types des bactéries dans le nez et dans la gorge: streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenza et Moraxella catarrhalis. Ces bactéries causent 70-90% de toutes les infections auriculaires. Parmi ces bactéries, le streptococcus pneumoniae est la cause la plus fréquente. Pour l'instant, le traitement repose sur l'administration d'antibiotiques. Mais des souches résistantes apparaissent. Des chercheurs ont décidé d'utiliser non un bactériophage, en l'occurence T4, mais un produit de celui-ci, la lysine "Ply G", une substance capable de tuer spécifiquement les bactéries, en détruisant leur enveloppe. Pour vérifier l'efficacité de ce traitement, les scientifiques ont inoculé dans le museau de souris des doses importantes de streptocoque pneumoniae, puis leur ont injecté la lysine. Résultats : 100% de ces animaux n'ont pas développé d'infection nasale, alors que 80% des animaux témoins la contractaient. Les chercheurs pensent à passer d'ici trois ans à des essais sur l'humain. Référence - McCullers JA, and Fischetti VA. Novel Strategy to Prevent Otitis Media Caused by Colonizing Streptococcus pneumoniae. PLoS Pathogens Vol. 3, No. 3, e28 doi:10.1371/journal.ppat.0030028 Article disponible en ligne à: http://pathogens.plosjournals.org/perlserv/?request=get-document&doi=10.1371/journal.ppat.0030028
Magnaporthe grisea est un champignon responsable de la principale maladie du riz, la pyriculariose. Il provoque des épidémies dévastatrices et récurrentes qui engendrent des problèmes économique et humanitaire dans toutes les régions rizicoles Un autre champignon microscopique, le Rhizoctonia solani, cause des nécroses de la racine et de l'hypocotyle du soja partout dans le monde. Il est responsable également de certaines maladies du gazon (plaque brune rhizoctone) dans les terrains de golf et les résidences privées. Actuellement, les méthodes de lutte utilisées ne sont pas totalement efficaces. Des chercheurs américains se sont intéressés à ces champignons. Dans un article récent, ils font état de la possibilité d'une nouvelle stratégie de lutte, soit une thérapie génique basée sur l'utilisation du gène lysozyme du bactériophage T4. Le lysozyme du phage T4 est une enzyme qui a la propriété de détruire la paroi bactérienne en catalysant l'hydrolyse des glycosaminoglycannes la constituant. Synthétisée par le bactériophage à la fin de son cycle réplicatif, elle lui permet de lyser la cellule et donc de libérer ses virions qui vont alors infecter les cellules bactériennes environnantes. Les chercheurs se sont demandés si le lysozyme ne pourrait pas également détruire la paroi des cellules de Rhizoctonia solani et de Magnaporthe grisea. Pour répondre à cette question, ils ont inséré le gène de T4 responsable de la synthèse du lysozyme dans les cellules d'une plante, la Fétuque élevée, une graminée sensible aux deux types de champignons. Ils ont alors infecté les cellules végétales modifiées et ont constaté que l'enzyme produite par les cellules hôtes attaquait et détruisait les cellules des champignons parasites. Si la technique peut être étendue aux autres espèces végétales d'importance économique que menacent Rhizoctonia solani et Magnaporthe grisea , ces travaux seront la clé de vôute d'un nouveau chapitre réussi de la thérapie par phages. Référence: Shujie Dong, and Rongda Qu . Expression of the Bacteriophage T4 Lysozyme Gene in Tall Fescue Confers Resistance to Gray Leaf Spot and Brown Patch Diseases. Transgenic Research. February 2007 On peut aussi consulter: Bacterial Virus Gene Confers Disease Resistance In Tall Fescue Grass http://www.sciencedaily.com/releases/2007/03/070319204727.htm
On sait que l'hépatite B est une infection virale due au virus HBV qui s'attaque au foie et peut provoquer des infections chroniques, la cirrhose du foie, le cancer du foie, l'insuffisance hépatique et la mort. Le virus est présent dans le sang, les sécrétions sexuelles, et la salive des malades. Il n'est donc pas étonnant qu'on ait pu démontrer que le HBV puisse se transmettre par les relations sexuelles et à travers des objets contaminés par du sang infecté. Mais un autre mode de transmission vient d'être suggéré : il pourrait aussi se transmettre via la sueur. Cette possibilité était déjà suggérée par l'observation que, lors des sports de contact, comme le rugby, la lutte ou le judo, le risque de transmission du virus était augmenté, non seulement lors des joutes (contacts rapprochés, blessures), mais également en dehors d'elles et en l'absence de plaie et de peau lésée, au sein d'une équipe de rugby par exemple. Ces cas étaient attribués à l'échange de matériel de toilette probablement souillé par du sang. Des chercheurs ont posé l'hypothèse que la contamination virale pourrait se faire via la sueur. L'équipe a analysé des échantillons de sang et de sueur de 70 lutteurs olympiques de sexe masculin pour y déceler des traces d'infection par le virus de l'hépatite B. Les scientifiques ont alors pu constater que, non seulement, le virus de l'hépatite B était retrouvé dans le sang de 13% des sportifs ce qui laisse entendre qu'ils étaient atteints d'une infection latente ou occulte (comme l'entraînement intense supprime temporairement la réponse immunitaire, ce phénomène est parfaitement plausible), mais aussi que l'ADN du virus de l'hépatite B pouvait être retrouvé dans la sueur de 11% des sujets. Les résultats de cette étude incitent les chercheurs à suggérer que la sueur, à l'instar des plaies ouvertes et des muqueuses, pourrait être un agent de transmission du virus de l'hépatite B. Ils invitent les sportifs amenés à entrer en contact étroits à faire un dépistage du virus et, aussi, de se faire vacciner contre l'hépatite B. Référence - S Bereket-Yücel and Ferman
Konukman. Risk of hepatitis B infections in Olympic
wrestling. Br. J. Sports Med., May 2007; 41: 306 -
310
La fièvre hémorragique à virus Ebola, l'une des maladies virales les plus virulentes affectant l'homme, provoque la mort dans 50 à 90 % des cas cliniques. Il n'existe, à ce jour aucun traitement ni vaccin spécifique contre l'infection. Le seul recours, même pour les hôpitaux les mieux équipés, est un traitement symptomatique, c'est-à-dire qu'on va s'efforcer d'agir pour soulager les souffrances du patient, sans pouvoir agir sur leurs causes. Ceci peut être en voie de changer grâce aux résultats récents obtenus par une équipe de recherche qui a utilisé les protéines à doigts de zinc (ZAP). Rappelons que celles-ci sont des dimères formés d'une hélice alpha et d'un feuillet ß, associés par le zinc. Il y a une interaction acide nucléique-protéine due au fait que les hélices alpha et le feuillet ß peuvent reconnaître des séquences de fixation en fonction de la composition en acides aminés du feuillet alpha. De ce fait, les protéines à doigt de zinc pourairent être utilisées comme inhibiteurs de la réplication des virus. De fait, des études avaient montré que les ZAP se fixaient à des motifs des ARN messagers du virus de Sindbis et du virus Moloney de la leucémie murine dont ils inhibaient la réplication. Des chercheurs viennent de montrer que le même phénomène antiviral peut être obtenu dans le cas des filovirus. Dans leur étude, ils ont testé le pouvoir antiviral des ZAP en cultures de cellules infectées par les filovirus Ébola (EBOV) et Marburg. Les résultats ont montré une inhibition significative (jusqu'à 95 % ) pour EBOV, mais moins pour MARV. Il appert donc que l'efficacité antivirale des ZAP peut dépendre des espèces de filovirus. Référence - Stefanie Müller,
and
Beate M. Kümmerer. Inhibition of Filovirus Replication
by the Zinc Finger Antiviral Protein. J. Virol. 2007 81:
2391-2400
31 March3 April 2007 - 17th European Congress of Clinical Microbiology and Infectious Diseases (ECCMID) conference. Münich, Germany 16 18 April 2007 - 8th International workshop on Clinical Pharmacology of HIV Therapy - Budapest, Hungary, 29 April - 2 May 2007 - 23rd Annual Clinical Virology Symposium - Clearwater Beach, USA
![]() |