RÉCENTES PERSPECTIVES

EN VIROLOGIE

 

 

 


Revue de presse mensuelle VOL7 N°2 FÉVRIER 2005


Dans le domaine des sciences, nombreux sont les sites Internet consacrés aux sciences. Plus rares sont ceux consacrés à la virologie, et , parmi eux, plus rares encore sont ceux disponibles en français. "Récentes perspectives en virologie" veut, dans la mesure du possible, combler cette lacune en faisant état chaque mois, et dans la langue de Molière, des tous derniers travaux dans divers champs de la virologie tant fondamentale qu'appliquée. On y trouvera une sélection qui, sans prétendre être exhaustive, porte sur les recherches virologiques les plus récentes au fur et à mesure qu'elles apparaissent dans les médias spécialisés.

De septembre à avril, le site sera constamment complété et mis à jour, aussi les lectrices et lecteurs intéressés sont-ils avisés de le consulter régulièrement au moins sur une base hebdomadaire.

 Jean Robin, Ph.D.


DANS CE NUMÉRO DE RÉCENTES PERSPECTIVES EN VIROLOGIE

Virologie fondamentale

 

Virologie médicale (VIH)

 

Virologie médicale et appliquée

(Autres virus)

Calendrier des congrès en virologie

VIROLOGIE FONDAMENTALE

1- STRUCTURE ET PROPRIÉTÉS DES VIRUS

2- CLASSIFICATION DES VIRUS

Identification d'un nouveau Coronavirus chez la chauve-souris

3- ATTACHEMENT ET INTERNALISATION DES VIRUS

Inhibition de l'entrée du virus du Nil occidental par utilisation d'un domaine de recombinaison III de la glycoprotéine d'enveloppe.

La transmission virale non persistante chez les aphidiens se fait par le canal salivaire de l'insecte.

Un article précise le rôle joué par gp5 dans les mécanismes d'injection de l'ADN du bactériophage T4

4- TRANSPORT INTRACYTOPLASMIQUE

5- DÉCAPSIDATION

6- RÉPLICATION

7- MORPHOGÉNÈSE ET SYNTHÈSE IN VITRO

8- RELARGAGE

9- INTERFÉRONS

Ribovirus: mise en évidence d'un mécanisme d'évitement des défenses par interféron

10-ONCOGÉNÈSE

Le cancer du sein a-t-il une origine virale?

Virothérapie: reprogrammation du virus de la rougeole pour attaquer les virus cancéreuses

Essais prometteurs d'un vecteur viral pour le traitement du mélanome

Possibilité d'une nouvelle cancérothérapie basée sur des cellules T viro-spécifiques

11- INFECTION ET IMMUNITÉ

Une nouvelle approche dans la lutte antivirale

Application des protéines à doigts de zinc à la lutte antivirale

Un nouveau coronavirus pourrait être responsable de plusieurs maladies respiratoires infantiles

Virus de la grippe aviaire: d'autres remous dans l'immense bouillon de culture asiatique

Découverte d'une posssible protéine d'évasion immune chez le virus du SARS

Plantes vaccinales: la pomme de terre candidat pour la vaccination contre l'hépatite B

Mise en évidence d'un rôle potentiel des TLR3 dans l'immunité innée pulmonaire contre le virus de l'Influenza

Lutte contre le virus de l'influenza: design de drogues assisté par ordinateur

Avertissement: les changements climatiques vont favoriser les maladies virales

VIH/SIDA: vers la mise au point d'anticorps à large pouvoir neutralisant

Les hormones sexuelles des souris femelles ont une profonde influence sur la susceptibilité et la réponse vaccinale au virus herpes simplex, type 2 (HSV-2 )

Résultats encourageants pour un vaccin thérapeutique anti-sida


VIROLOGIE MÉDICALE

 VIH 

VIH-SIDA: Les tests de résistance aux antirétroviraux remis en perspective


VIROLOGIE MÉDICALE ET APPLIQUÉE: AUTRES VIRUS

La grippe aviaire ne s'attaquerait pas seulement au système respiratoire, mais aussi à d'autres parties de l'organisme

Grippe : définition de la formulation du vaccin de l'hiver 2005

Note du rédacteur

La charge virale et le génotype du virus de l'Hépatite B affectent le risque de cancer hépatique >>>>>NOUVEAU


CALENDRIER DES TOUS PROCHAINS CONGRÈS EN VIROLOGIE


NOUVELLES EN VIROLOGIE FONDAMENTALE

1- STRUCTURE ET PROPRIÉTÉS DES VIRUS


2- CLASSIFICATION DES VIRUS

Identification d'un nouveau Coronavirus chez la chauve-souris

La transmission des virus animaux aux humains constitue une menace croissante dans le monde entier. De ce point de vue, la plupart des coronavirus sont suspects car ce sont des agents liés aux affections respiratoires et gastro-intestinales chez l'homme et aux symptômes respiratoires et neurologiques chez les animaux. L'apparition récente du SRAS, illustre parfaitement ce souci.

Or, des chercheurs chinois viennent d'identifier un nouveau coronavirus chez la chauve-souris. Il appert que, sur douze espèces testées, trois se sont avérées porteuses, dans leurs échantillons respiratoires et fécaux, d'un nouveau virus, le coronavirus de la chauve-souris (Bat-CoV).

Tous les animaux positifs étaient apparemment sains, aussi n'est-il aucunement prouvé que le nouveau virus est pathogène et donc susceptible de pouvoir être, éventuellement, à l'origine d'une nouvelle zoonose humaine. Toutefois, étant donné les conséquences catastrophiques du SRAS, de tels travaux de surveillance des virus de la faune sauvage devraient être encouragés.

Référence - L.L.M. Poon, D.K.W. Chu, K.H. Chan, O.K. Wong, T.M. Ellis, Y.H.C. Leung, S.K.P. Lau, P.C.Y. Woo, K.Y. Suen, K.Y. Yuen, Y. Guan, J.S.M. Peiris. February 2005. Identification of a novel coronavirus in bats. Journal of Virology, 79. 4: 2001-2009.


3- ATTACHEMENT ET INTERNALISATION DES VIRUS

Inhibition de l'entrée du virus du Nil occidental par utilisation d'un domaine de recombinaison III de la glycoprotéine d'enveloppe.

Nous savons que la glycoprotéine d'enveloppe située à la surface extérieure de la particule de virus du Nil occidental (WNV-DIII) permet l'entrée du virion dans les cellules hôtes. Une étude montre maintenant que c'est le domaine III de cette protéine d'enveloppe qui se lie à la surface cellulaire.

Wnv-dIII a été exprimée comme protéine de recombinaison et purifiée ensuite. La protéine ainsi obtenue a pu empêcher l'entrée de WNV dans les cellules Vero et les cellules de moustique C6/36. Par ailleurs, des essais de neutralisation de plaques ont montré qu' un sérum murin polyclonal dirigé contre la protéine de recombinaison WNV-DIII pouvait bloquer l'infection par le WNV.

Référence - J. J. H. Chu, R. Rajamanonmani, J. Li, R. Bhuvanakantham, J. Lescar, and M.-L. Ng. Inhibition of West Nile virus entry by using a recombinant domain III from the envelope glycoprotein. J Gen Virol 2005 86: 405-412.


La transmission virale non persistante chez les aphidiens se fait par le canal salivaire de l'insecte.

Les pucerons transmettent plus de la moitié de tous les virus des plantes. Il était bien connu que, dans le cas de la transmission non persistante, ces virus étaient acquis par l'insecte qui les ingérait par le canal alimentaire dorsal de son stylet maxillaire quelques secondes après avoir fait une ponction d'essai chez une plante infectée. On supposait que, ensuite, les virions, présents maintenant au niveau du pharynx et de l'hypopharynx, étaient, lors de la prochaine prise de nourriture sur une plante saine, régurgités par la salive du canal salivaire ventral du même stylet. Mais ceci n'était pas démontré.

L'étude ci-dessous, basée sur un enregistrement électronique des mécanisme de la piqûre, l'établit.

Référence - Glen Powell. Intracellular salivation is the aphid activity associated with inoculation of non-persistently transmitted viruses. J Gen Virol 2005 86: 469-472.


Un article précise le rôle joué par gp5 dans les mécanismes d'injection de l'ADN du bactériophage T4

Shuji Kanamaru. Control of Bacteriophage T4 Tail Lysozyme Activity During the Infection Process. Journal of Molecular Biology Volume 346, Issue 4 , 4 March 2005, Pages 1013-1020


4- TRANSPORT INTRACYTOPLASMIQUE


5- DÉCAPSIDATION


6- RÉPLICATION


7 - MORPHOGÉNÈSE ET SYNTHÈSE IN VITRO


8- RELARGAGE


9- INTERFÉRONS

Ribovirus: mise en évidence d'un mécanisme d'évitement des défenses par interféron

Des chercheurs (1) décrivent comment un gène essentiel, appelé RIG-I, déclenche une cascade de défenses immunitaires quand le virus de l'hépatite C (HCV) se réplique dans les cellules humaines. Quand HCV infecte une cellule, une protéine synthétisée par le gène se lie physiquement au matériel génétique du virus. La protéine RIG-I est alors conformationnellement modifiée, ce qui intie une chaîne de signaux à destination d'autres protéines qui activent un facteur de transcription appelé le facteur 3 de régulation d'interféron 3 (IRF-3). Ce facteur active les gènes responsables de la production de l'interféron, qui inhibe la réplication virale.

Ces défenses devraient donc combattre le virus, mais HCV peut les éviter. En effet, dans un deuxième article (2), les scientifiques montrent que, une fois qu'il a infecté la cellule, il synthétise une protéase virale, NS3/4A, qui dégrade les protéines de signalisation destinées à IRF-3. En conséquence, la synthèse d'interféron ne peut avoir lieu et le virus continue à se répliquer sans difficulté.

La retombée pratique de ces recherches est qu'on sait maintenant que le traitement des patients avec un inhibiteur de protéase pourra empêchera celle-ci de dégrader les protéines de signalisation. Maintenant, les chercheurs s'efforcent de préciser et de définir plus finement la voie de signalisation qui part de RIG-I jusqu'à IRF-3. Leur but est d'identifier exactement quelles protéines sont les cibles de la protéase virale. Ceci fait, il sera alors possible de développer des inhibiteurs spécifiques de protéase et d'instaurer des thérapies plus efficaces contre l'hépatite C et d'autres infections virales. Il faut en effet garder en tête que la tactique utilisée par HCV pour infecter un hôte est très probablement semblable à elle employée par d'autres virus à ARN tels que le virus du Nil occidental, le virus de la grippe et les virus communs du rhume.

Finalement, mentionnons qu'un troisième article (3), décrit des résultats qui jettent la lumière sur la façon dont HCV perturbe la voie immunitaire dans les cellules hépatiques infectées. Là encore, le virus produit la protéase NS3/4A pour désorganiser la cascade des défenses et, là aussi, on constate que les inhibiteurs de protéase peuvent renverser les effets de NS3/4A, permettant l'arrêt de la réplication de HCV.

Références - (1) Rhea Sumpter, Jr., Yueh-Ming Loo, Eileen Foy, Kui Li, Mitsutoshi Yoneyama, Takashi Fujita, Stanley M. Lemon, and Michael Gale, Jr. . Regulating Intracellular Antiviral Defense and Permissiveness to Hepatitis C Virus RNA Replication through a Cellular RNA Helicase, RIG-I . J. Virol. 2005. 79: 2689-2699.

(2) Kui Li, Eileen Foy, Josephine C. Ferreon, Mitsuyasu Nakamura, Allan C. M. Ferreon, Masanori Ikeda, Stuart C. Ray, Michael Gale Jr., and Stanley M. Lemon. Immune evasion by hepatitis C virus NS3/4A protease-mediated cleavage of the Toll-like receptor 3 adaptor protein TRIF. PNAS published February 14, 2005, 10.1073/pnas.0408824102 ( Microbiology )

(3) Eileen Foy, Kui Li, Rhea Sumpter Jr., Yueh-Ming Loo, Cynthia L. Johnson, Chunfu Wang, Penny Mar Fish, Mitsutoshi Yoneyama, Takashi Fujita, Stanley M. Lemon, and Michael Gale Jr. Control of antiviral defenses through hepatitis C virus disruption of retinoic acid-inducible gene-I signaling. PNAS published February 14, 2005, 10.1073/pnas.0408707102 ( Microbiology )


10- ONCOGÉNÈSE

Le cancer du sein a-t-il une origine virale?

C'est un sujet à polémiques qui ne date pas d'hier chez les cancérologues. Des chercheurs relancent la thèse d'une origine virale du cancer du sein, un débat vieux de 60 ans qui ne fait toujours pas l'unanimité… D'autres éléments sont déjà supposés être impliqués dans le développement d'une tumeur au sein : âge, hérédité, pilule contraceptive, traitement hormonal substitutif ou facteurs environnementaux, etc. Si certains cancers sont effectivement liés à des virus (cancer du col de l'utérus, certaines leucémies…), dans le cas du cancer du sein, jusqu'ici, la cause virale avait plutôt été écartée.

Mais des scientifiques viennent de réouvrir le dossier. Ils démontrent qu'une petite séquence d'ADN, présente dans la protéine d'enveloppe (Env) du virus de la tumeur mammaire des souris (MMTV), peut transformer les cellules de sein en cellules cancéreuses. La capacité transformante de cette séquence suggère donc qu'une infection virale pourrait être une cause déclenchante du cancer de sein.

Des séquences similaires ont également été identifiées dans les protéines de quelques autres virus oncogènes, tels que le virus d'Epstein-Barr ou du sarcome de Kaposi, mais leur rôle dans le développement des cancers reste encore inconnu.

Jusqu'ici la transformation cellulaire était expliquée par l'intégration de séquences d'ADN viral dans des endroits du génome où elles pourraient déclencher l'expression de gènes oncogènes jusqu'ici silencieux. La nouvelle étude met en évidence un mécanisme supplémentaire. Mentionnons que , par ailleurs, elle trouve appui sur une autre recherche qui a précédemment rapporté la présence de séquences fortement homologues à celle de la protéine d'enveloppe de MMTV dans 40% de tumeurs humaines du sein. L'homologue humain de MMTV reste à être identifié.

Référence - Édition du 7 février 2005 du Journal of Experimental Medicine.

http://www.jem.org/cgi/content/full/jem2013iti5v1?view=full


Virothérapie: reprogrammation du virus de la rougeole pour attaquer les virus cancéreuses

Les virus sont des parasites cellulaires. Pour se reproduire, ils doivent se fixer sélectivement sur les récepteurs d'une cellule cible, puis pénétrer à l'intérieur afin de détourner à leur profit la machinerie cellulaire. Quand ils réussissent à le faire, ils se répliquent et tuent la cellule. Le mécanisme est si efficace que les chercheurs ont longtemps rêvé de l'exploiter contre les cellules cancéreuses en trouvant des virus qui leur soient spécifiques. Voici qu'une équipe internationale vient d'y réussir en concevant un système qui convertit le virus de la rougeole en un tueur sélectif des cellules cancéreuses.

On savait que les virus atténués de la rougeole, dits de la lignée d'Edmonston (Système mv-Edm), avaient une activité antitumorale efficace mais n'étaient pas entièrement spécifiques des cellules cancéreuses en raison de la large distribution de leurs récepteurs natifs, CD46 et SLAM. Afin de reprogrammer mv-Edm pour le faire s'attacher à une cellule tumorale plutôt qu'à ses récepteurs habituels (CD46 et SLAM), l'équipe, utilisant des techniques de botechnologie moléculaire, a d'abord inventé "une étiquette moléculaire" (CD38) qu'elle a attaché aux structures extérieures des cellules cancéreuses, puis, ensuite, a construit des virions exhibant à leur surface des fragments à chaîne unique d'anticorps contre CD38. Les virus ainsi reconstruits ont efficacement pénétré dans les cellules par l'intermédiaire du récepteur CD38, mais pas par CD46 et SLAM, démontrant ainsi une activité antitumorale spécifique de type récepteur-négociée.

Le travail a été effectué sur des animaux de laboratoire implanté avec deux genres de cellules cancereuses humaines: cancer ovarien et lymphome. Il est probablement encore loin de pouvoir être utilisé en thérapie humaine, mais les résultats obtenus constituent une première étape dans cette voie.

Référence - Takafumi Nakamura et al. Rescue and propagation of fully retargeted oncolytic measles viruses. Nature Biotechnology 23, 209 - 214 (2005)


Essais prometteurs d'un vecteur viral pour le traitement du mélanome

Pendant les 20 dernières années, la thérapie génique a été entravée par le manque d'un vecteur qui pourrait voyager par voie sanguine et viser une cible précise, réduisant de ce fait au minimum les effets secondaires nocifs. Une équipe semble avoir mis au point un tel vecteur.

Pour ce faire, les chercheurs ont complètement modifié un virion VIH, d'abord en le débarassant des molécules qui le rendent pathogène, puis en l'affublant sur sa surface de déterminants le rendant apte à reconnaître et à s'attacher aux glycoprotéines P qui sont localisées sur la plupart des cellules cancéreuses.

Ensuite, après avoir marqué les virions avec la luciférase, un composé fluorescent, les scientifiques les ont injecté dans l'organisme d'une souris à qui ont avait greffé un mélanome. Ils ont alors pu constater l'illumination des cellules cancéreuses dans les organes où normalement elles métastasent: poumons, os et peau. Les virions ont donc rejoints et ciblés sélectivement les cellules du mélanome.

La méthode est prometteuse parce que non-invasive et indolore. Reste maintenant à s'assurer de la complète inocuité du vecteur avant de passer à des essais sur l'humain.

Référence - Feb. 13 online edition of Nature Medicine

Voir aussi: http://www.sciencedaily.com/releases/2005/02/050213191550.htm


Possibilité d'une nouvelle cancérothérapie basée sur des cellules T viro-spécifiques

On sait que dans certain pays, le virus Epstein-Barr (EBV) est cause de cancer nasopharyngé. Dans ces zones (Chine sud est, Californie.....), c'est le cancer le plus rencontré chez les hommes. Ces tumeurs sont épithéliales et contiennent le virus EBV au sein de leurs cellules épithéliales. Une nouvelle étude montre que les antigènes produits par EBV peuvent être une cible idéale pour la thérapie de ce cancer.

Dix patients diagnostiqués avec un carcinome nasopharyngal avançé participèrent à l'étude - ces patients furent également testés positifs pour le virus d'Epstein Barr. On leur injecta des doses intraveineuses de cellules T spécialisées dans la recherche des antigènes produits par le virus EBV. Développées par les chercheur, ces cellules T ont été créées en utilisant le propre sang des patients pour identifier les antigènes et détruire les cellules cancéreuses hébergeant le virus.

Le traitement a été bien toléré sauf pour un patient qui, ayant une enflure faciale préexistante a vu celle-ci augmenter après l'injection. Six patients ont eu une rémission complète pendant une à deux années après le traitement. Deux patients n'ont montré aucune réponse et, chez un autre, le cancer a progressé après l'injection, nécessitant l'emploi de la chimiothérapie. Toutefois, ce patient a pu bénéficier d'une remission partielle, alors qu'auparavant les traitements de chimiothérapie n'avaient eu aucun effet. Quant au dixième patient, son état ne s'est ni amélioré ni empiré, mais est resté stable après traitement.

Cette étude démontre que les cellules T viro-spécifiques peuvent avoir une efficacité remarquable dans le traitement du carcinome nasopharyngé. Une nouvelle cancérothérapie est donc concevable.

Référence - Karin C. M. Straathof et al. Treatment of nasopharyngeal carcinoma with Epstein-Barr virus-specific T lymphocytes. Blood 2005 105: 1898-1904.


11- INFECTION ET IMMUNITÉ

Une nouvelle approche dans la lutte antivirale

Les drogues antivirales courantes visent les virus eux-mêmes, essayant de bloquer les voies chimiques dont ils dépendent pour leur réplication. Une nouvelle étude démontre que les virus peuvent être stoppés en visant non pas le virus mais le signal principal que ce dernier utilise pour détourner la machinerie cellulaire à son usage exclusif et se reproduire.

Les nouveaux résultats reposent sur des travaux antérieurs dans lesquels les chercheurs avaient déterminé l'existence d'une protéine produite par le virus de la variole, le facteur de croissance de la variole (SPGF), qui avait la propriété de s'attacher à erb-B1, un récepteur de la membrane cellulaire. Cette interaction amorçait la cellule qui devenait alors une usine de production de nouvelles particules virales.

Les scientifiques se sont demandés si la réplication du virus pourrait être entravée par le blocage spécifique de la voie SPGF? Pour le découvrir, l' équipe a ajouté une drogue expérimentale, le Ci-1033, à des cellules de rein de singe qui avaient été infectées par le virus de variole. Ci-1033 a la propriété d'inhiber la fonction de erb-B1. Les investigateurs ont alors constaté que la production de nouvelles particules de virus ainsi que leur diffusion aux cellules non infectées étaient sensiblement altérée.

Dans d'autres expériences, les chercheurs ont noté que Ci-1033, utilisé préventivement, offrait une protection significative à des souris atteintes par un parent du virus de la variole. En effet, des animaux ayant reçu Ci-1033 et une dose simple d'anticorps, ont complètement éliminé le virus de leurs poumons dans les huit jours suivant l'infection initiale.

Encouragés par ces résultats et voulant les étendre à d'autres virus, les scientifiques sont maintenant à la recherche de voies complémentaires et supplémentaires à la voie SPGF. Une telle approche pourrait éliminer le problème de la résistance aux drogues antivirales. En effet, à cause de mutations subies par les virus, il est bien connu que ces drogues tendent à devenir de moins en moins efficaces avec le temps. Par contre, les structures cellulaires qui envoient et reçoivent des signaux, sont moins sujettes à mutation que les virus eux-mêmes, rendant par le fait même, improbable que les drogues qui les ciblent perdent leur pouvoir.

Référence - Hailin Yang et al. Antiviral chemotherapy facilitates control of poxvirus infections through inhibition of cellular signal transduction. JCI 2005 115: 379-387.


Application des protéines à doigts de zinc à la lutte antivirale

La prévention des infections virales est un objectif important pour l'agriculture et la santé humaine. Une approche intéressante consiste à inhiber la réplication du virus. Pour démontrer la faisabilité de ce concept in vivo, on a synthétisé une protéine artificielle à doigts de zinc (AZP) s'attachant spécifiquement à l'origine de réplication d'un désoxyribovirus de la betterave, le BSCTV.

Rappelons que les protéines à doigts de zinc sont des dimères formés d'une hélice alpha et d'un feuillet ß, associés par le zinc. Il y a une interaction ADN-protéine due au fait que les hélices alpha et le feuillet ß peuvent reconnaître le grand sillon de l'ADN. De nombreuses séquences d'ADN, peuvent être reconnues comme séquences de fixation en fonction de la composition en acides aminés du feuillet alpha.

Les analyses de fixation à l'ADN in vitro ont indiqué que l'AZP a efficacement bloqué l'attachement de la protéine réplicase (Rep) à l'origine de la réplication. Toutes les plantes transgéniques d'Arabidopsis exprimant l'AZP ont exhibé des phénotypes fortement résistants à l'infection virale, et 84% d'entre elles n'ont montré aucun symptôme. La technique du Southern Blot a démontré que la réplication du BSCTV a été complètement supprimée dans les plantes transgéniques.

Étant donné que les mécanismes de la réplication de l'ADN viral sont très voisins chez les plantes et chez les mammifères, cette approche pourrait être appliquée non seulement à la protection des récoltes mais également à la prévention des infections virales chez l'homme.

Référence - Takashi Sera. Inhibition of Virus DNA Replication by Artificial Zinc Finger Proteins J. Virol. 2005. 79: 2614-2619.


Un nouveau coronavirus pourrait être responsable de plusieurs maladies respiratoires infantiles

Des études établissent un lien direct entre un nouveau virus et la maladie de Kawasaki, la plus grande cause de pathologies cardiaques acquises chez les enfants dans les pays développés. Ce nouveau pathogène appartient à la famille des coronavirus qui sont responsables des rhumes, du coryza, de la rhinopharyngite et de la gastroentérite, ainsi que du SRAS. Le nouveau virus a été nommé "coronavirus de New Haven".

Les scientifiques ont établi la structure génétique du virus dans les sécrétions respiratoires d'un enfant en bas âge présentant tous les symthômes de la maladie de Kawasaki, du nom du médecin qui a fait cette découverte. Ils ont ensuite analysé les sécrétions respiratoires de onze enfants ayant la maladie de Kawazaki et 22 qui en étaient exempts. Les chercheurs ont ainsi découvert que huit des onze enfants ayant la maladie de Kawazaki étaient porteur du nouveau virus alors que seulement un, n'ayant pas de symptômes de cette maladie, s'est révélé avoir le "coronavirus de New Haven".

Par ailleurs, ils ont examiné 895 enfants malades de moins de cinq ans dont les tests se sont révélés négatifs pour d'autres infections virales. Dans ce groupe, 79 avaient le "coronavirus de New Haven" avec des symptômes tels que la fièvre, des toux, une respiration rapide et une basse teneur en oxygène dans le sang.

Cette piste est importante, mais il convient toutefois de confirmer le lien. Il faudra chercher le virus auprès des enfants malades, mais aussi se pencher sur les collections historiques de virus. En espérant qu'à terme il soit possible de mettre au point une stratégie diagnostique et thérapeutique ciblée, qui permette d'intervenir dès le début de l'infection, et dès lors d'éviter une évolution catastrophique pour l'enfant.

Référence - Frank Esper, Carla Weibel, David Ferguson, Marie L. Landry, and Jeffrey S. Kahn . Evidence of a Novel Human Coronavirus That Is Associated with Respiratory Tract Disease in Infants and Young Children. Page 492. In line edition of the "Journal of Infectious Diseases" (February 15, 2005)


Virus de la grippe aviaire: d'autres remous dans l'immense bouillon de culture asiatique

En 2003, des chercheurs ont recherché la présence de souches du virus de la grippe aviaire sur des marchés de volailles en Corée. Leurs résultats, publiés cette année, montrent que le virus continue à se diversifier de plus en plus donnant ainsi naissance à autant d'agents potentiels pour une pandémie de grippe aviaire. En fait, les scientifiques ont isolé 9 souches H9N2, 6 souches H3N2, et 1 souche H6N1.

Les analyses antigéniques et phylogénétiques ont prouvé que chacun des 9 isolats H9N2 était de lignée A/Chicken/Korea/25232-96006/96-like (qui avait causé la maladie dans les élevages de Corée en 1996) mais était différent des virus H9N2 de la lignée de Chine du sud-est. Tous ces isolats appartenaient à au moins 4 génotypes et se répliquaient chez les poulets mais pas sur les souris.

Les virus H3N2 et H6N1étaient nouveaux en Corée et étaient probablement des réassortants de virus provenant de la recombinaison entre des virus de la Chine du sud-est et des virus H9N2. Chacun des 8 segments des virus H3N2 s'est avéré appartenir à un même faisceau phylogénétique (homologie de 99,1 à 100%). Les virus H3N2 se sont répliqués chez les poulets et les souris sans préadaptation, mais ce n'a pas été le cas du virus H6Ñ1.

Référence - Young Ki Choi, Sang Heui Seo, Jin A. Kim, Richard J. Webby and Robert G. Webster. Avian influenza viruses in Korean live poultry markets and their pathogenic potential. Virology. Volume 332, Issue 2, Pages 529-537(15 février 2005).


Découverte d'une posssible protéine d'évasion immune chez le virus du SARS

On sait que les chercheurs ont identifié les segments du génome du virus du SARS qui devraient contenir les instructions pour la création de protéines. Il s'agit entre autres de gènes putatifs pour quatre protéines essentielles qui permettent à ce genre de virus, appelé coronavirus, d'entrer dans des cellules hôtes et de se reproduire. Les chercheurs ont également identifié cinq régions qui codent pour des protéines " non essentielles ", mais qui pourraient toutefois aider à découvrir les origines du virus.

Comme les coronavirus n'infectent généralement pas les humains, on a donc pensé que l'origine du pouvoir pathogène du virus devait avoir son siège dans les régions non essentielles.

C'est ainsi qu'une équipe a analysé ces dernières dans l'espoir d'y découvrir des séquences et des protéines particulières qui pourraient permettre au virus d'éviter les attaques de système immunitaire. Effectivement, une section a pu être identifiée, la séquence orf7a, qui offre des traits communs avec celles qui, chez d'autres virus, sont responsables de la synthèse des protéines d'évasion immune.

Pour produire la protéine Orf7a, les chercheurs ont transplanté la région orf7a dans des bactéries. Quand celles-ci ont synthétisé la protéine, les chercheurs l'ont purifiée et en ont déterminé la structure tridimensionnelle. Ils ont également fabriqué des anticorps spécifiques à orf7a et les ont appliqués à des cultures de cellules infectées par le virus du SARS, de façon à voir si le virus produit la protéine et où celle-ci pourrait être localisée. À leur surprise, la plupart des protéines orf7a furent visualisées à l'intérieur des cellules et peu et pas à leur surface. D'autres expériences purent alors déterminer que orf7a se liait à à l'appareil de Golgi - le lieu de préparation des protéines pour leur transport à la surface des cellules où elles peuvent stimuler la réponse immunitaire.

Bien que les chercheurs n'aient encore aucune évidence expérimentale, ils spéculent que le positionnement de la protéine Orf7a pourrait lui permettre de bloquer les protéines qui servent à alerter le système immunitaire.

Lors de futures recherches, il est envisagé d'étudier une souche récemment produite du virus du SARS dont la région orf7a a été rendue génétiquement silencieuse. Les scientifiques espèrent ainsi pouvoir déterminer ce que orf7a fait précisément pour le virus. A long terme, un vaccin contre le SARS pourrait être une des retombées possibles.

Référence - Christopher A. Nelson, Andrew Pekosz, Chung A. Lee, Michael S. Diamond, and Daved H. Fremont. Structure and Intracellular Targeting of the SARS-Coronavirus Orf7a Accessory Protein. Structure 2005 13: 75-85.


Plantes vaccinales: la pomme de terre candidat pour la vaccination contre l'hépatite B

On sait que, depuis un certain nombre d'années des recherches portent sur les plantes vaccinales, soit des plantes génétiquement modifiées pour la production de vaccins. Les vaccins en provenance de plantes sont principalement produits à partir de transgènes synthétiques dont les informations codées par l'ADN ont été modifiées [génétiquement] de façon à obtenir une activité maximale dans la plante cultivée.

Les plantes cultivées actuellement pour produire des vaccins, incluent le tabac, le maïs, la pomme de terre, la tomate, le riz et la luzerne.

On s'accorde à reconnaître aux plantes vaccinales les avantages suivants:

· Les cellules végétales sont plus proches de nous que les bactéries et elles peuvent fabriquer des protéines humaines plus complexes.

· Des plantes peuvent être cultivées en l'absence d'installations industrielles : elles ont uniquement besoin d'un peu de terre et d'eau.

· Les plantes peuvent être cultivées par la population locale, également aux endroits difficilement accessibles par les équipes de vaccination. Ceci représente un avantage énorme pour les pays en voie de développement.

· Le vaccin peut être consommé avec la plante.

Le virus de l'hépatite B reste un problème mondial de santé publique puisque l'on estime aujourd'hui qu'environ 350 millions de personnes sont porteuses du virus. Dans le but de produire un vaccin avec un coût de production restreint, des chercheurs ont modifié des pommes de terre afin qu'elles produisent l'antigène de surface HBsAg du virus de l'hépatite B.

Dans un essai en double aveugle contre placebo, des volontaires ont mangé ces pommes de terre crues par doses de 100 g. Le titre en anticorps anti-HBsAg a augmenté chez 62,5 % (10/16) des personnes qui avaient mangé trois doses et chez 52,9 % (9/17) de celles qui en avaient mangé deux doses. Comparativement, aucune hausse significative n'a été retrouvée qui ceux qui avaient mangé des pommes de terre non modifiées.

Source : http://in.news.yahoo.com/050215/137/2jm77.html


Mise en évidence d'un rôle potentiel des TLR3 dans l'immunité innée pulmonaire contre le virus de l'Influenza

Un dysfonctionnement du système de défense innée pulmonaire a pour conséquence la survenue de diverses pneumopathies et dans certains cas, la pénétration d'agents pathogènes dans l'organisme. Le poumon est protégé par un système immunorégulateur local, le surfactant pulmonaire qui est un film lipoprotéique sécrété par les cellules épithéliales pulmonaires. Il joue également un rôle essentiel dans le fonctionnement des poumons en abaissant la tension superficielle au niveau des alvéoles évitant ainsi le collapsus alvéolaire en fin d'expiration. La protéine majeure de ce surfactant, appelée SP-A, a la propriété de se lier à divers pathogènes (virus, bactéries et champignons) et favorise ainsi leur élimination par les phagocytes comme les macrophages alvéolaires. Par ailleurs, ces pathogènes sont également reconnus par des récepteurs spécifiques de motifs microbiens, les "Toll-like receptors" (TLRs) exprimés par différentes cellules de l'immunité.

Une étude se focalise sur l'expression et le rôle des TLRs au niveau de l'épithélium pulmonaire dans le cas du virus de l'Influenza. Elle montre que TLR3 est constitutivement exprimés dans plusieurs lignées épithéliales respiratoires et elle met en évidence que que l'activation des cellules épithéliales respiratoires par l'ARNdb ou le virus de la grippe Influenza A est dépendante de TLR3 et implique la molécule adaptatrice TRIF, les MAP-Kinases (MAPK) et la voie PI-3Kinase/Akt, mais pas la molécule de signalisation MyD88. Elle met enfin en évidence que l'activation de ces cellules par ces stimuli microbiens conduit à la production de médiateurs inflammatoires comme l'IL-8, l'IL-6 et/ou RANTES.

Ces derniers résultats permettent de conclure que les TLR3 exprimés par l'épithélium respiratoire sont fortement impliqués dans la réponse de l'hôte vis-à-vis du virus del'influenza.

Référence - Loïc Guillot et al. Involvement of Toll-like Receptor 3 in the Immune Response of Lung Epithelial Cells to Double-stranded RNA and Influenza A Virus. J. Biol. Chem., Vol. 280, Issue 7, 5571-5580, February 18, 2005


Lutte contre le virus de l'influenza: design de drogues assisté par ordinateur.

Depuis les années 1970, la modélisation moléculaire se révèle un instrument de recherche primordiale en pharmacologie. En effet, dans le cadre de la conception assistée par ordinateur (CAO), il est possible de simuler des phénomènes chimiques et biochimiques à l'échelle moléculaire. L'ordinateur, en simulant les réactions d'un médicament sur des tissus, des cellules, bref sur des récepteurs biologiques, permet ainsi de créer de nouveaux agents thérapeutiques. Il. Il permet de court-circuiter l'antique et longue méthode de mise au point de médicaments, par essais, erreurs et corrections multiples. C'est la voie que des chercheurs de l'Université de Bath ont décidé de suivre pour mettre au point des drogues anti-influenza.

Rappelons que, pour qu'une particule virale pénètre dans une cellule humaine, il faut que l'hémaglutinine virale se lie à une molécule d'un sucre, l'acide sialique, située à la surface de la cellule à infecter. Cette liaison déclenche l'absorption du virus. Toutefois, le mucus respiratoire contient des glycoprotéines solubles qui portent des résidus d'acide sialique. Grâce à eux, le mucus peut saturer l'hémagglutinine virale (c'est un inhibiteur non spécifique de l'hémagglutination) et neutraliser le pouvoir infectieux du virus. C'est pourquoi, les particules virales possèdent également en surface des sialidases (ou neuraminidases), enzymes qui ont la propriété de scinder l'acide sialique et donc de permettre au virus de se frayer un chemin dans le mucus et d'atteindre ses cellules-cibles.

La nouvelle drogue que cherchent à mettre au point les chercheurs serait chimiquement semblable à l'acide sialique, mais ne pourrait être dégradée par la sialidase. Elle jouerait donc un rôle d'inhibiteur et diminuerait la dissémination virale vers les cellules saines, contrôlant de ce fait la propagation de l'infection.

Le projet, qui s'étend sur trois ans sera en grande partie mis à exécution en examinant les interactions complexes entre les atomes constitutifs des péplomères des virions et les atomes des molécules de surface des cellules de l'épithélium respiratoire. Un logiciel a été mis au point qui permettra de modeliser ces comportements moléculaires et d'établir la structure atomique d'une drogue appropriée.

Source - http://www.bath.ac.uk/pr/releases/flu-comp.htm


Avertissement: les changements climatiques vont favoriser les maladies virales

Le changement de climat provoquera non seulement un réchauffement des températures, mais il rendra également le milieu très malsain. En effet, avec l'élévation thermique, les régimes climatiques seront changés et les précipitations accrues faciliteront la diffusion des maladies d'origine hydrique et alimentaire. De plus, l'augmentation des précipitations locales facilitera la propagation des insectes et des animaux vecteurs de maladies humaines.

Une stratégie pour atténuer de tels futurs problèmes de santé pourrait consiter à allier les systèmes de prévision climatique avec des outils qui avertiraient des risques associés et donneraient les moyens pour y faire face. Ainsi, par exemple, il est bien connu que El Niño déclenche des précipitations plus lourdes dans le sud-ouest américain et favorise de ce fait la multiplication des populations de rongeurs et le risque d'exposition au virus de la fièvre de Hanta transmis par l'urine et les déjections de ces animaux. La météo peut prévoir avec exactitude le retour périodique du phénomène, aussi serait-il loisible alors d'avertir les populations concernées afin qu'elles puissent se prémunir contre les rongeurs et fassent en sorte d'éviter tout contact avec eux.

Source - Jonathan A. Patz. Feb. 20. Communication at the Annual meeting of the American Association for the Advancement of Science (AAAS)

http://www.news.wisc.edu/releases/10725.html


VIH/SIDA: vers la mise au point d'anticorps à large pouvoir neutralisant

La vaccination a été utile pour protéger les humains de beaucoup de virus nocifs. Cependant, dans le cas du VIH-1, les essais pour concevoir un vaccin efficace ont été jusqu'ici non couronnés de succès. En effet, le virus est énormément variable et il a été difficile d'isoler des anticorps qui pourraient reconnaître les nombreuses et différentes souches. Jusqu'à maintenant, l'anticorps 4E10, isolé à partir de patients infectés par le VIH-1, est celui qui offre le plus large pouvoir neutralisant. Cet anticorps cible la protéine gp41 trouvée sur la surface de toutes les souches du virus. Cette protéine joue un rôle primordial dans l'entrée du VIH-1 dans les cellules humaines.

Un groupe de recherche vient de réaliser, à l'aide de la cristallographie aux rayons X, un examen de la structure moléculaire détaillée du complexe qui se forme quand 4E10 se lie à gp41. Les chercheurs ont identifié quels sont les acides aminés spécifiques qui, sur gp41, interagissent avec 4E10; ils ont également déterminé la structure 3D qu'adoptent ces mêmes acides aminés. Leurs résultats suggèrent que, grâce à certaines caractéristiques tridimensionnelles, 4E10 agit sur gp41 dans une région hautement conservée très près de la surface du virus.

Une telle élucidation des caractéristiques critiques pour l'identification du VIH-1 par 4E10 aidera à définir des immunogènes capables de stimuler la production d'anticorps du type 4E10.

Référence - Rosa M.F. Cardoso, Michael B. Zwick, Robyn L. Stanfield, Renate Kunert, James M. Binley, Hermann Katinger, Dennis R. Burton, and Ian A. Wilson. Broadly Neutralizing Anti-HIV Antibody 4E10 Recognizes a Helical Conformation of a Highly Conserved Fusion-Associated Motif in gp41. Immunity, Vol 22, 163-173, February 2005.


Les hormones sexuelles des souris femelles ont une profonde influence sur la susceptibilité et la réponse vaccinale au virus herpes simplex, type 2 (HSV-2 )

Un sur quatre adultes sexuellement actifs est séropositif pour HSV-2 et les femmes sont beaucoup plus susceptibles que les hommes. En outre, un certain nombre d'études cliniques prouvent que les femmes qui emploient Depoprovera, un contraceptif injectable de type progestérone, ont une susceptibilité particulièrement élevée aux infections sexuellement transmises, y compris celles dues au VIH-1 et à HSV-2.

Afin de comprendre pourquoi, deux études ont été entreprises à l'Université Mc Master (Canada) chez les souris. Dans la première (1), des souris femelles ont reçu l'hormone estradiol ou la progestérone, une combinaison des deux, ou rien du tout avant d'être exposées au virus herpès. On se souvient que l'estradiol et la progestérone sont les hormones normales trouvées dans le corps. Les souris traitées à l'estradiol ont été protégées à 100 pour cent, tandis que celles ayant reçu la progestérone ou aucune autre hormone, ont été sévèrement infectées. En plus, les souris traitées à la progestérone ont manifesté une plus grande inflammation et ont été plus susceptibles au virus. Quant aux souris traitées avec une combinaison des deux hormones, estradiol et progestérone, elles ont été protégées, mais seulement pour des faibles doses infectantes de virus.

Dans la deuxième étude (2), les souris ont été traités, comme dans la première, avec des hormones mais, avant d'être exposées au virus herpès, elles ont reçu un vaccin. A la surprise générale, et différemment de ce qu'avait révélé la première étude, les souris traitées à la progestérone, et celles n'ayant reçu aucune hormone, ont été les plus protégées. Par ailleurs, environ la moitié des souris du groupe de combinaison d'hormones ont été également protégées; le groupe de l'estradiol ne l'a pas été du tout.

Ces résultats sont en voie d'interprétation.

Références -

(1) Amy E. Gillgrass, Sherie A. Fernandez, Kenneth L. Rosenthal, and Charu Kaushic. Estradiol Regulates Susceptibility following Primary Exposure to Genital Herpes Simplex Virus Type 2, while Progesterone Induces Inflammation J. Virol. 2005. 79: 3107-3116.

(2) Amy E. Gillgrass, Vera A. Tang, Kate M. Towarnicki, Kenneth L. Rosenthal, and Charu Kaushic Protection against Genital Herpes Infection in Mice Immunized under Different Hormonal Conditions Correlates with Induction of Vagina-Associated Lymphoid tissue. J. Virol. 2005. 79: 3117-3126.


Résultats encourageants pour un vaccin thérapeutique anti-sida

La stratégie des vaccins thérapeutiques destinés aux personnes déjà infectées par le virus du sida (VIH) a pour objectif d'essayer d'arrêter leur traitement antiviral.

L'Agence nationale française de recherche sur le sida (Anrs) vient de coordonner un essai comparatif randomisé d'un vaccin thérapeutique s'adressant à des séropositifs. La préparation vaccinale consistait en 4 injections de deux préparations "ALVAC vCP1433 et LIPO-6T" associées à l'interleukine-2 (IL-2), substance connue pour faire remonter les lymphocytes CD4 dont le nombre s'effondre sous les attaques du VIH.

Les résultats à long terme après un suivi de quinze mois de 70 patients, confirment la réduction de la durée de prise des antirétroviraux (ARV), médicaments spécifiquement dirigés contre le virus du sida.

En effet, les patients ayant reçu la préparation vaccinale ont pu réduire leur période de traitement ARV d'environ 45 %, soit environ 180 jours. La différence est "significative" comparée aux patients (90 jours) n'ayant pas reçu la préparation vaccinale.

Ces résultats restent du domaine de la recherche. Il s'agit d'essayer maintenant de les amplifier.

Source - 12e Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes (CROI) de Boston (États-Unis). 22-28 février 2005


NOUVELLES EN VIROLOGIE MÉDICALE


VIH

VIH-SIDA: Les tests de résistance aux antirétroviraux remis en perspective

Malgré l'existence d'au moins 17 médicaments pour le traitement du VIH/sida, déjouer celui-ci demeure une affaire compliquée. Au fil du temps, le virus peut subir des mutations qui lui permettent de résister aux effets d'un ou de plusieurs médicaments anti-VIH. Du fait de l'augmentation constante du nombre de ces mutations, les établissements publics effectuent des tests génotypiques de résistance. Ces tests sont indispensables pour le choix de traitements efficaces. Ils conduisent souvent à des modifications de thérapie toujours compliquées et coûteuses.

Une nouvelle étude replace le problème sous un jour nouveau en montrant que les résultats des tests de résistance ne doivent conduire à de nouvelles options thérapeutiques que si la charge virale des mutants est supérieure à 200 par litre, ou reste inchangée après plusieurs mesures.

Ces résultats offrent un certain intérêt dans une optique de limitation des coûts. Ils ne dispensent en aucun cas le corps médical de continuer à exercer la plus grande vigilance dans l'apparition des cas de vraie résistance.

Référence - Richard E. Nettles et al. Intermittent HIV-1 Viremia (Blips) and Drug Resistance in Patients Receiving HAART. JAMA. 2005;293:817-829.


NOUVELLES EN VIROLOGIE MÉDICALE ET APPLIQUÉE: AUTRES VIRUS

La grippe aviaire ne s'attaquerait pas seulement au système respiratoire, mais aussi à d'autres parties de l'organisme

Selon un récent article, le virus à l'origine de la grippe aviaire (H5N1) pourrait se propager par transmission oro fécale. Avec de surcroît des manifestations cliniques totalement nouvelles... et gravissimes.

Deux petits Vietnamiens, une fillette de 9 ans et son frère de 4 ans, sont en effet récemment décédés de la grippe aviaire, avec un tableau clinique radicalement différent de celui des autres victimes de la maladie. En effet, la première patiente avait été hospitalisée en raison de diarrhées abondantes et ne présentait aucun signe respiratoire. Après de nombreux examens et traitements, la jeune fille est tombée dans le coma avant de décéder d'une encéphalite d'origine inconnue. Son petit frère a lui aussi été hospitalisé en raison d'une fièvre, de vomissements et de diarrhées abondantes. La radiographie pulmonaire était strictement normale, le seul signe " respiratoire " étant une toux récurrente. Trois jours plus tard l'enfant fait des convulsions, présente une détresse respiratoire et tombe dans le coma. Et en moins de deux jours il décède d'une encéphalite là encore de cause inconnue. En fait après prélèvements, la présence du virus de la grippe aviaire a été détectée dans le liquide céphalo-rachidien, les matières fécales et la gorge des deux petites victimes.

Un constat qui fait craindre le pire. Car aux yeux des auteurs, la description de ces deux cas démontre clairement que " le spectre du virus H5N1 est beaucoup plus large qu'on ne le pensait ".

Référence : Menno D. de Jong. Fatal Avian Influenza A (H5N1) in a Child Presenting with Diarrhea Followed by Coma. New Engl. J. Med. Volume 352:686-691 February 17, 2005 Number 7


Grippe : définition de la formulation du vaccin de l'hiver 2005

En vue de formuler des recommandations pour la formulation antigrippale dans l'hémisphère nord, plus de 10 000 souches grippales ont été isolées sur tous les continents et caractérisées par les centres nationaux de lutte contre la grippe. Situés dans plus de 80 pays, ces laboratoires forment l'ossature du programme mondial de surveillance de la grippe.

Ceci permet à l'OMS de retenir trois souches pour le vaccin grippal de l'hiver prochain. Il s'agit des souches:

A/New Caledonia/20/99(H1N1),

A/California/7/2004(H3N2),

B/Shangai/361/2002

Source: OMS, 11 février 2005


Note du rédacteur

Les journaux nous apprennent aujourd'hui (27 février) que, à Ho Chi Minh-Ville, au cours d'une conférence de trois jours consacrée à la lutte contre le virus H5N1, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a de nouveau brandi le scénario catastrophe à propos de la grippe aviaire. Ces déclarations maximalistes contrastent singulièrement avec le bilan humain encore très limité de la maladie (45 morts ont été officiellement enregistrés depuis fin 2003, au Vietnam et en Thaïlande), aussi d'aucuns se demandent ce qu'il faut penser.

Bien sûr, on peut se dire que si la grippe aviaire représente une menace réelle, nul ne peut la chiffrer. On peut aussi insister sur le fait qu'on est sur un scénario de probabilité et que, dès lors,on peut, dans le doute, s'abstenir de faire quoi que ce soit. Toutefois, dire que le virus fera zéro mort ou 100 millions de morts, c'est faire deux paris. Personne ne sait lequel des deux a le plus de chance de réussite. Mais le prix à payer en cas d'erreur n'est pas le même dans les deux hypothèses.

Ne serait-il pas temps de revenir au bon vieux pari de Pascal, que chacun connaît:

Si Dieu n'existe pas, on ne perdra rien à croire en lui,

alors que s'il existe, on perdra tout en n'y croyant pas!

ce qu'on peut transposer en:

Si l'épidémie de grippe aviaire n'a pas lieu, on ne perdra rien à se préparer,

alors que si elle arrive, on perdra tout en ne s'étant pas prémuni.

De fait, l'OMS, la FAO et l'organisation mondiale de la santé animale (OIE) ont de concert demandé des centaines de millions de dollars à l'issue de la réunion. Cent millions pour la lutte directe contre le virus H5N1, et bien plus encore pour la reconstitution des élevages et la restructuration de la filière. Les chiffres en soi peuvent paraître élevés, mais Anton Rychener, patron de la FAO à Hanoï, appelait de son côté à de simples calculs. En trois jours de conférence, disait-il, "les pays riches auront dépensé trois milliards de dollars pour subventionner leurs propres paysans".

Mobiliser médiatiquement sur le tsunami est possible comme l'ont montré les sommes astronomiques dégagées en quelques semaines après le raz-de-marée en Asie du sud. Mais, vis-à-vis des donateurs, la maladie est difficile à "vendre", et la réponse très en deça des sommes réclamées.

L'option qui consiste à "attendre et voir survenir" (to wait and see) est-elle sage? Je pense qu'il est indispensable que les responsables fassent face à cette question et y répondent.


La charge virale et le génotype du virus de l'Hépatite B affectent le risque de cancer hépatique

Plus de 350 millions de personnes dans le monde entier sont infectées de façon chronique par un des sept génotypes connus, ou des sous-types, du virus de l'hépatite B (HBV). On savait que l'infection chronique par le HBV est la cause du carcinome hépatocellulaire (HCC), un type de cancer hépatique, mais on ignorait quel rôle peuvent jouer la charge virale - la quantité du virus dans le sang - et les divers sous-types de HBV dans le développement de ce cancer.

Pour le savoir, un groupe de chercheurs taïwanais a entrepris une étude portant sur 154 patients (des hommes traités pour le HCC depuis 14 ans) et 316 sujets témoins (des hommes porteurs de HBV mais non diagnostiqués pour le HCC). Les niveaux de l'ADN du HBV - une mesure de la charge virale - et les génotypes ont été déterminés chez tous ses sujets.

Les résultats obtenus montrent qu'une plus grande charge virale peut être associée à un plus grand risque de HCC. En effet, les hommes situés dans le quintile avec la charge virale la plus élevée ont un risque sept fois plus élevé que ceux appartenant au plus bas quintile.

Par ailleurs, le génotype C donne un risque de HCC cinq fois plus élevé que tous les autres génotypes. Ce même génotype C est également associé à une charge virale accrue. Il en résulte que, les effets du génotype C et de la charge virale accrue étant additifs, les hommes porteurs de ce génotype ont 26,5 fois plus de risque de développer un HCC que ceux porteurs d'autres génotypes (lesquels donnent les deux quintiles inférieurs de la charge virale).

Référence - Yu M-W, Yeh S-H, Chen P-J, Liaw Y-F, Lin C-L, Liu C-J, et al. Hepatitis B Virus Genotype and DNA Level and Hepatocellular Carcinoma: A Prospective Study in Men. J Natl Cancer Inst 2005;97:265-72.


CALENDRIER DES PROCHAINS CONGRÈS EN VIROLOGIE

27-28 February. Florida Branch of the American Society for Microbiology Annual Meeting, Orlando, Florida.


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Mis à jour le 28 février 2005