RÉCENTES PERSPECTIVES

EN VIROLOGIE

 

 

 


Revue de presse mensuelle VOL5 N°2 FÉVRIER 2004


Dans le domaine des sciences, nombreux sont les sites Internet consacrés aux sciences. Plus rares sont ceux consacrés à la virologie, et , parmi eux, plus rares encore sont ceux disponibles en français. "Récentes perspectives en virologie" veut, dans la mesure du possible, combler cette lacune en faisant état chaque mois, et dans la langue de Molière, des tous derniers travaux dans divers champs de la virologie tant fondamentale qu'appliquée. On y trouvera une sélection qui, sans prétendre être exhaustive, porte sur les recherches virologiques les plus récentes au fur et à mesure qu'elles apparaissent dans les médias spécialisés.

De septembre à avril, le site sera constamment complété et mis à jour, aussi les lectrices et lecteurs intéressés sont-ils avisés de le consulter régulièrement au moins sur une base hebdomadaire.

 Jean Robin, Ph.D.


DANS CE NUMÉRO DE RÉCENTES PERSPECTIVES EN VIROLOGIE

Virologie fondamentale

 

Virologie médicale (VIH)

 

Virologie médicale et appliquée

(Autres virus)

Calendrier des congrès en virologie

VIROLOGIE FONDAMENTALE

 * STRUCTURE DES VIRUS

Nouveau regard sur la structure de la glycoprotéine 120 du VIH

* CLASSIFICATION DES VIRUS

* ATTACHEMENT ET INTERNALISATION DES VIRUS

* TRANSPORT INTRACYTOPLASMIQUE

* DÉCAPSIDATION

* RÉPLICATION

Approfondissement du mécanisme de maturation du VIH. Possibilité de nouvelles drogues anti-virales

* MORPHOGÉNÈSE ET SYNTHÈSE IN VITRO

*INTERFÉRONS

*ONCOGÉNÈSE

* INFECTION ET IMMUNITÉ

Les bacteriophages montrent la voie pour la découverte d'antibiotiques

Utilisation de la bactérie Listeria pour augmenter l'efficacité des vaccins anti-viraux

Technique d'amélioration des vecteurs viraux pour la thérapie génique


VIROLOGIE MÉDICALE

 VIH 

A surveiller: la Conférence annuelle sur le sida

Les relations sexuelles, moteur principal du sida en Afrique

Certaines trithérapies stimulent la résistance du VIH

Un médicament contre la transmission mère-enfant accroît la résistance du VIH


VIROLOGIE MÉDICALE ET APPLIQUÉE: AUTRES VIRUS

Nouveau venu dans la thérapie génique des cancers: le virus de Sindbis

Prophylaxie grippale: utilisation de l'osemaltivir.

Une étude montre que la vaccination antivariolique n'est pas forcément à risques pour la transmission du virus

Un anticorps efficace contre le virus du SARS?

Un virus dérivé de la grippe aviaire serait responsable de la grande grippe de 1918


CALENDRIER DES TOUS PROCHAINS CONGRÈS EN VIROLOGIE


NOUVELLES EN VIROLOGIE FONDAMENTALE


STRUCTURE DES VIRUS

Nouveau regard sur la structure de la glycoprotéine 120 du VIH

La glycoprotéine 120 (gp120) est présente à la surface du VIH et intervient dans les processus d'attachement du virus aux cellules cibles. On sait que l'élucidation de sa structure chimique est un des plus grands obstacles auxquels font face les chercheurs. En effet, sa flexibilité inhérente en fait un mauvais candidat pour la cristallographie aux rayons X qui donne de meilleurs résultats quand les objets sont rigides.

Cependant, une équipe de scientifiques de l'Université de Floride vient d'apporter des données très intéressantes sur gp120. Ces chercheurs ont utilisé la tomographie par microscopie électronique, Celle-ci est un processus qui vise à obtenir et à reconstruire en 3D les volumes d'organelles subcellulaires en procèdant à l'acquisition de séries d'inclinaison (tous les degrés) de l'objet biologique. Ces images sont ensuite combinées pour obtenir une reconstruction tridimensionnelle.

35 photographies du VIH ont pu ainsi être assemblées et le résultat final a permis de découvrir que la molécule employée par le virus pour se fixer aux cellules du système immunitaire se compose de trois unités identiques mais séparés, disposées comme le propulseur d'un bateau. De plus, contrairement à ce que les virologues pensaient, gp120 n'est pas fixée de façon lâche à la surface des virions, mais y est, au contraire, étroitement soudée. Enfin, les copies de gp120 sont présentes en moins grand nombre qu'on ne le pensait précédemment.

Les futures phases de la recherche consisteront à déterminer comment les anticorps se fixent aux molécules gp120. Ceci permettra d'identifier de meilleures méthodes pour neutraliser le VIH.

Source: http://www.sciencedaily.com/releases/2004/01/040122084839.htm


CLASSIFICATION DES VIRUS


ATTACHEMENT ET INTERNALISATION DES VIRUS


TRANSPORT INTRACYTOPLASMIQUE


DÉCAPSIDATION


RÉPLICATION

Approfondissement du mécanisme de maturation du VIH. Possibilité de nouvelles drogues anti-virales

Dans la cellule infectée par le VIH, on assiste, à la fin du cycle de réplication, à l'association, au voisinage de la membrane cellulaire, des protéines virales et de l'ARN viral ce qui permet de former de nouveaux virions. La membrane se met alors à bourgeonner pour libérer dans la circulation sanguine de nouvelles particules. A ce stade, ces dernieres subissent une dernière étape de maturation pour devenir infectieuses. Les détails moléculaires d'un tel assemblage n'étaient pas, jusqu'ici, connus.

Une équipe américaine vient, peut être de lever le voile. En effet, dans des expériences in vitro, les chercheurs ont mis en évidence que deux filaments d'ARN monocaténaire viral ont la propriété de s'unir ("molecular kiss"). Les scientifiques ont constaté que des emplacements spécifiques dans les structures ribonucléiques bicaténaires acquièrent un proton (une particule positivement chargée) à un pH proche de celui des cellules vivantes. La présence de ce proton modifie alors la structure d'ARN bifilaire et accélère son changement conformationnel par une protéine liée à la maturation virale. Prises ensemble, ces observations suggèrent qu'un tel mécanisme pourrait être au travail pendant l'infection virale et que ce serait une telle structure bicaténaire qui s'assemblerait avec les autres composants d'un nouveau virus (protéine de capside, protéase virale...).

Pour examiner en temps réel, la formation et la modification de structure de l'ARN bicaténaire, les scientifiques ont développé des marqueurs fluorescents comme produits de remplacement pour les molécules d'ARN. Les changements du signal fluorescent ont alors permis aux chercheurs de suivre les réactions. Les scientifiques ont utilisé en outre la résonance magnétique nucléaire pour identifier les emplacements dans l'ARN qui sont les accepteurs de protons et pour caractériser les changements conformationnels résultants.

Si les résultats peuvent être confirmés in vivo, le mécanisme décrit pourrait fournir une nouvelle cible pour des drogues antivirales

Source: http://www.nist.gov/public_affairs/newsfromnist_kissingRNA_HIV.htm


INTERFÉRONS


ONCOGÉNÈSE


INFECTION ET IMMUNITÉ

Les bacteriophages montrent la voie pour la découverte d'antibiotiques

Au cours de milliards d'années d'évolution, les bacteriophages ont sélectionné une variété de protéines uniques, qui leur permettent de tuer les bactéries, ou de bloquer leur réplication. Une équipe de chercheurs canadiens a identifié et utilisé ces protéines antimicrobiennes comme outils pour découvrir des cibles essentielles à la croissance des bactéries. Le criblage contre ces cibles leur a permis d'identifier plusieurs composés qui semblent imiter l'effet antimicrobien des protéines inhibitrices des phages. L'évaluation et le développment de ces nouveaux antibiotiques potentiels sont en cours.

Les chercheurs ont d'abord fait appel aux techniques de génomique des phages pour établir le code génétique du bacteriophage qui s'attaque à un des plus importants pathogènes humaines : Staphylococcus aureus. Ils ont ensuite utilisé les protéines inhibitrices de ce phage comme "appât" pour identifier, de façon systémique, les cibles bactériennes avec lesquelles ces protéines interagissent. Trente et une (31) nouvelles cibles antibactériennes essentielles, et validées par le bacteriophage ont ainsi été identifiés. En criblant de petites molécules contre ces cibles de nouveaux composés ont pu être identifiés qui tuent ou inhibent la croissance des bactéries en imitant l'action du phage.

Les scientifiques vont maintenant approfondir l'évaluation du spectre d'activité des composés déjà identifiés en plus de déterminer leur efficacité contre des souche bactériennes résistantes aux antibiotiques actuels. La compagnie entend débuter sous peu l'évaluation de ses composés chez les animaux.

Référence: Jing Liu et al. Antimicrobial drug discovery through bacteriophage genomics. Nature Biotechnology. February 2004 Volume 22 Number 2 pp 185 - 191.


Utilisation de la bactérie Listeria pour augmenter l'efficacité des vaccins anti-viraux

On sait que les bactéries Listeria se multiplient dans le cytoplasme des macrophages et des cellules épithéliales grâce à leur facteur de virulence, la listérolysine O (les mutants sans listérolysine ne sont pas pathogènes) qui est active à pH acide, dans le phagolysosome. La membrane du phagolysosome est lysée et des cytokines sont produites qui provoquent l'afflux de plus de macrophages vers les sites infectieux constituant des granulomes inflammatoires où les bactéries sont détruites. Les lymphocytes T mémoire perpétuent alors un état de résistance à l'infection.

Ce phénomène d'exacerbation des réponses immunitaire à médiations cellulaire et humorale par la listérolysine O (LLO) vient d'être mis à profit par un groupe de chercheurs de l'Université du Michigan. En injectant simultanément la protéine LLO et un vaccin contre le virus de la méningite à des souris, ils ont réussi à protéger celles-ci à 100% contre une souche particulièrement léthale, alors que, dans un groupe témoin où les animaux ne recevaient que le vaccin, la protection était nulle (100% de mortalité).

Si ces résultats peuvent être reproduits avec d'autres virus, ils pourraient servir de base à la création de vaccins anti-viraux plus efficaces. On songe ici à la vaccination contre le VIH, l'Influenza, le SARS,…

Source: http://www.sciencedaily.com/releases/2004/01/040123005321.htm

Référence: Mandal et al. Cytosolic Delivery of Viral Nucleoprotein by Listeriolysin O-Liposome Induces Enhanced Specific Cytotoxic T Lymphocyte Response and Protective Immunity. Molecular Pharmaceutics, 1 (1), 2 -8, 2004.


Technique d'amélioration des vecteurs viraux pour la thérapie génique

Employés le plus fréquemment comme vecteurs en thérapie génique, les virus offrent l'avantage de transférer assez facilement le gène étranger car, on le sait, ils infectent facilement les cellules. Malheureusement, leur utilisation pose un certain nombre de problèmes:

- ils ont l'inconvénient de déclencher des réactions inflammatoires, souvent encore difficiles à maîtriser, même lorsque leur patrimoine génétique a été modifié pour les rendre inoffensifs.

- ils sont en grande partie mis en quarantaine par le foie, ce qui fait qu'un nombre infime seulement peut atteindre la cellule cible. On est donc obligé d'augmenter les doses de particules virales, ce qui a pour effet d'aggraver le problème précédent.

A cause de ces difficultés, la thérapie génique, bien que séduisante sur le plan intellectuel, reste avare de succès. Mais voici que des chercheurs pensent avoir trouvé le moyen d'utiliser un virus pour injecter à un patient la version correcte d'un gène défectueux sans pour autant le rendre malade. Concrètement:

- pour obvier au premier problème, ils ont utilisé le virus associé à l'adénovirus (Adeno-Associated Virus, AAV)qui, injecté dans l'organisme, présente la particularité de ne pas déclencher de réaction immunitaire.

- pour empêcher la dégradation hépatique, ils ont modifié génétiquement la capside de l'AAV, afin que celui-ci ne présente pas de tropisme pour la cellule hépatique.

- pour assurer une bonne atteinte des cellules cibles, ils ont tablé sur le fait que les cellules endothéliales représentent un intermédiaire entre celles-ci et le sang. En conséquence, ils ont modifié l'AAV pour augmenter son tropisme aux cellules épithéliales.

Les études chez les souris montrent que l'AAV ainsi modifié reste bien plus longtemps dans le sang que le virus d'origine. Ceci laisse espérer qu'on pourra obtenir un plus grand effet en utilisant peu de copies du virus. En faisant appel à d'autres modifications génétiques, on pourra également créer des vecteurs en fonction de différents types de cellules. On se prend à espérer que des maladies comme la fibrose cystique, la dystrophie musculaire et l'hémophilie pourront être traitées de cette manière à l'avenir.

Référence: Stephen J. White et al. Targeted Gene Delivery to Vascular Tissue In Vivo by Tropism-Modified Adeno-Associated Virus Vectors. Circulation 2004 109: 513 - 519


NOUVELLES EN VIROLOGIE MÉDICALE


VIH


A surveiller: la Conférence annuelle sur le sida

Près de 4.000 spécialistes sont attendus du dimanche 8 au mercredi 11 février à San Francisco pour cette 11e Conférence annuelle sur les rétrovirus, consacrée à l'aspect purement médical de la maladie.

L'événement s'ouvre sous le signe de la morosité: les nouveaux médicaments se font attendre, les traitements se heurtent à une résistance accrue du virus ou provoquent des effets indésirables et la prévention contre l'infection montre ses limites.

Il y aura donc lieu, parmi les 900 études présentées, de surveiller:

- les résultats d'essais sur de nouveaux agents antirétroviraux, dont certains sont en développement depuis plusieurs années et ne paraissent toujours pas prêts à la commercialisation, alors que la résistance aux médicaments augmente chez les malades du sida en traitement de longue durée.

- les études qui feront état des limites des trithérapies (régimes combinant plusieurs antirétroviraux) qui, si elles sont trop simplifiées ou allégées pour améliorer le confort du malade, peuvent diminuer leur efficacité ou favoriser l'émergence rapide d'une résistance au virus.

- les résultats très attendus sur les effets indésirables d'un traitement visant à prévenir la transmission du sida de la mère à l'enfant, un problème particulièrement grave dans les pays en développement.

- les exposés sur les effets indésirables à long terme de traitements contre le sida dont bénéficient les malades dans les pays développés, qui voient augmenter leurs risques de cancer et de problèmes cardiovasculaires. Ces effets deviennent clairs, alors que le début de l'épidémie remonte à plus de vingt ans et que certains malades sont en traitement depuis plus d'une décennie.

- les travaux consacrés à la prévention, notamment ceux sur la situation alarmante à New York, et l'état sanitaire grave mais moins surprenant dans les prisons et au sein de la population noire défavorisée aux Etats-Unis. L'une des études examinera aussi les comportements à risque sur les campus américains.

- le détail de l'étude à grande échelle qu'a menée la société américaine VagGen sur un candidat-vaccin, dont les résultats déjà publiés ont démontré l'inefficacité, et le compte-rendu portant sur un autre candidat-vaccin.

- les études relatives à certaines complications associées aux co-infections chez les personnes porteuses du VIH, notamment avec le virus de l'herpès dans les pays développés et avec la tuberculose dans les pays en développement.

- les présentations consacrées aux conditions de mise en oeuvre des thérapies contre le sida dans les pays les plus pauvres, notamment en Afrique sub-saharienne qui a enregistré plus de trois millions de nouvelles infections au VIH en 2003, sur un total de 4,2 millions de nouvelles infections estimées dans le monde.


Les relations sexuelles, moteur principal du sida en Afrique

Une étude publiée (1) par le groupe de l'Américain David Gisselquist dans une revue spécialisée (International Journal of STD & AIDS) de la Société royale de médecine britannique, affirmait que les injections non stériles auraient joué un rôle important en Afrique dans la propagation du sida dans les années 80. Selon l'étude, jusqu'à 40% des infections seraient dues aux seringues sales.

Une autre étude (2) affirme, elle, que la transmission sexuelle (rapports sans préservatifs) reste le mode prédominant de l'infection en Afrique. Les experts qui la présentent, relèvent "un défaut majeur" de la théorie du groupe Gisselquist: "les injections intramusculaires non stériles (réutilisations des seringues, des aiguilles) sont moins fréquentes qu'ils le prétendent en Afrique". De plus, avancent-ils, ces matériels d'injection ne sont pas couramment contaminés par le sang après usage et rarement par le VIH, et le nettoyage répandu (lavage et chauffage) des aiguilles et seringues ré-utilisées détruit le virus. Enfin, ils notent que la séropositivité parmi les enfants (sans vie sexuelle par définition) n'est pas répandue.

Cette dernière étude a été menée pour faire contrepoids à la première qui, réduisant l'importance de la transmission sexuelle, pourrait entraver les efforts pour maîtriser cette transmission du virus du sida (VIH) en Afrique sub-saharienne. Cette éventualité est déjà confortée par le fait que la Commission santé et éducation du Sénat américain a tenu des auditions pour établir s'il fallait consacrer plus d'argent dédié au sida aux programmes ciblés sur les pratiques d'injections sales.

Ceci, bien entendu, ne signifie pas non plus que les résultats du groupe Gisselquit sont à rejeter totalement. S'ils sont remis en contexte, on peut s'accorder sur la nécessité d'éliminer les injections (vaccins, antibiotiques, prélèvements sanguins..) non stériles. Il faut réduire l'exposition à l'infection transmise par le sang lors des soins et des recherches s'imposent pour mieux "identifier ces risques dans le système de soins conventionnels mais aussi informels (guérisseurs...).

Références:

(1) Gisselquist D, Rothenberg R, Potterat J, Drucker E. HIV infections in sub-Saharan Africa not explained by sexual or vertical transmission. Int J STD AIDS 2002; 13: 657-66.

(2) George P Schmid et al. Transmission of HIV-1 infection in sub-Saharan Africa and effect of elimination of unsafe injections. Lancet 2004; 363: 482-88


Certaines trithérapies stimulent la résistance du VIH

La simplification et l'allègement de certains traitements contre le sida, plus confortables pour le patient, peuvent stimuler la résistance du virus VIH, ont rapporté des chercheurs réunis à San Francisco (Californie) pour une conférence médicale. La résistance du virus correspond à son aptitude à survivre et à se reproduire en présence d'un médicament qui devrait le détruire ou empêcher sa multiplication.

Plusieurs études présentées établissent l'échec rapide de certains régimes combinant trois médicaments de la famille des nucléosides/nucléotides, qui ne parviennent pas à arrêter la reproduction du virus ou lui offrent une issue de secours en lui permettant de muter pour réussir à pénétrer dans la cellule humaine. Ainsi, une étude menée sur 24 patients auxquels était prescrit un traitement constitué d'une dose quotidienne de trois médicaments (Dinanosine, Lamivudine et Tenofovir) fait apparaître qu'il "s'est traduit par une haute probabilité de faible efficacité" face au virus, couplé à "une émergence rapide de sa résistance".

Les chercheurs, réunis pour la 11e conférence annuelle sur les rétrovirus, notent en particulier ces effets indésirables quand la combinaison examinée ne comprend pas d'AZT.

Cette résistance force les médecins à modifier le traitement, le risque étant d'aboutir à une impasse thérapeutique avec dégradation de l'état virologique, immunologique et clinique des patients.

Source:AFP


Un médicament contre la transmission mère-enfant accroît la résistance du VIH

Un médicament très efficace pour éviter la transmission du sida de la mère à l'enfant dans les pays pauvres a pour effet d'accroître la résistance du virus, rendant plus difficile le traitement ultérieur de la mère, selon des études présentées lors de la 11e conférence sur les rétrovirus tenue à San Francisco.

Ce médicament, la névirapine, donné à la mère pendant l'accouchement et au nouveau-né dans les 72 heures suivant sa naissance, présente une probabilité "élevée" de susciter la résistance du virus VIH-Sida à certains autres médicaments données dans le cadre du traitement, selon l'étude menée sur 623 femmes qui ont accouché en Afrique du Sud.

Dans 39% des cas examinés, le VIH est devenu résistant à la névirapine et à un autre médicament inhibiteurs non nucléosidiques de la transcriptase inverse (INNTI), pendant au moins 36 semaines après le traitement, rapportent les chercheurs sous la direction du Dr Neil Martinson, de l'Institut national des maladies contagieuses de Johannesburg. Pour les spécialistes, les résultats ne remettent pas en cause l'utilisation de la névirapine mais imposent de réfléchir à une modification du traitement après l'accouchement.

Une autre étude menée en Thaïlande a toutefois confirmé l'efficacité de la névirapine, associée à l'AZT, qui peut réduire le risque de transmission du virus de la mère à l'enfant à 2% durant l'accouchement. Sur la base de cette étude, le gouvernement thaïlandais a décidé de proposer la névirapine combinée à l'AZT à toutes les femmes enceintes pour prévenir la transmission du virus pendant l'accouchement.

Plus de 1.500 nouveaux-nés sont infectés par leur mère séropositive chaque jour et 95% vivent dans les pays en développement, a rappelé le médecin pour lequel l'ajout d'une dose unique de névirapine pour l'enfant et la mère à un traitement de la mère à base d'AZT ne coûterait que quatre dollars.

Source:AFP


VIROLOGIE MÉDICALE ET APPLIQUÉE: AUTRES VIRUS


Nouveau venu dans la thérapie génique des cancers: le virus de Sindbis

Dans un sens large, on entend par thérapie génique toute introduction dans une cellule de matériel génétique, gène, portion de gène, DNA, RNA, oligo-nucléotides, comme moyen thérapeutique. Depuis quelques années, de nombreuses recherches visent à utiliser les virus pour introduire dans la cellule des séquences génétiques thérapeutiques. L'utilisation du virus comme vecteur de transfert de matériel génétique impose des modifications du génome du virus. En effet, on doit éliminer les gènes qui produisent les facteurs pathogènes. De plus, il faut intégrer une séquence correcte du gène thérapeutique dans le matériel génétique du virus. C'est ici que les techniques de génie génétique entrent en jeu. Lorsque le génome viral a été modifié et qu'il contient le gène thérapeutique, il est transféré dans des cellules dites de "paquetage", qui sont elle-aussi modifiées par des techniques de génie génétique. Et ce sont ces cellules qui vont produirent des virus non-pathogènes thérapeutiques. En effet, ces derniers ne détruisent pas leurs cellules cibles. Quant au matériel génétique qu'ils apportent, il donnera toute l'information pour produire une "protéine corrective".

A l'heure actuelle, au moins 10 de ces virus génétiquement modifiés sont utilisés dans des essais pour détruire les cellules cancéreuses. Voici qu'un onzième, le virus de Sindbis, vient s'ajouter à cette liste.

Pour rendre Sindbis, capable de détruire les cellules tumorales, les chercheurs ont modifié le virus, lui ajoutant le gène de la protéine appelée Il-12. On sait que cette protéine s'est avérée avoir des effets anti-tumoraux dans les modèles animaux de différents cancers. Le virus Sindbis est injecté dans la circulation sanguine et gagne sélectivement les cellules tumorales (possédant en surface un grand nombre de récepteurs de la laminine utilisés également par le virion) où il internalise le gène qui synthétise alors IL-12. Ainsi, on court-circuite le problème associé à l'utilisation de IL12, à savoir que la protéine peut être également toxique pour les tissus normaux.

La périodicité et le dosage des injections varient avec chaque type de cancer, mais en général les souris ont reçu des doses quotidiennes de virus qui, dans un délai de deux mois, ont abouti à la régression complète de la plupart des tumeurs . Chose intéressante: bien que Sindbis soit un virus et que le système immunitaire puisse donc l'attaquer, rien de tel ne s'est produit et les essais fonctionnent très bien sur des animaux immuno-compétents.

Comme nous venons de l'indiquer, cette étude avait la souris pour modèle. Il reste donc à tester la thérapie par Sindbis chez l'homme. Les scientifiques espèrent débuter les épreuves cliniques dans environ deux ans.

Référence: Jen-Chieh Tseng et al. Systemic tumor targeting and killing by Sindbis viral vectors. Nature Biotechnology. January 2004 Volume 22 Number 1 pp 70 - 77.


Prophylaxie grippale: utilisation de l'osemaltivir.

Il est bien connu que l'oseltamivir (Tamiflu), un inhibiteur de la neuraminidase des virus grippaux, permet de réduire de 40 % la durée des symptômes. Une nouvelle étude montre en outre que cet inhibiteur viral peut permettre de réduire la propagation à partir des personnes infectées.

Les chercheurs ont examiné le scénario commun de propagation grippale dans 277 foyers dans lesquels un membre de la famille était atteint par l'influenza. Ils ont constaté que quand ce dernier était traité avec l'oseltamivir, l'administration de l'anti-viral à tous les autres membres de famille réduisait de 73% la fréquence de la transmission virale dans la communauté. Puisque les familles sont des lieux importants de transmission du virus de la grippe, ces résultats ont des implications pour la gestion des manifestations grippales dans la communauté.

Il doit être noté ici qu'une telle prophylaxie n'est pas un produit de remplacement pour la vaccination. Mais elle peut être valable dans certaines situations, par exemple quand les vaccins ne sont pas disponibles, quand la vaccination n'a été faite que tardivement dans la saison ou quand le vaccin soit ne peut être toléré, ou est incapable de déclencher une réaction immunitaire normale.

Référence: Frederick G. Hayden. Management of Influenza in Households: A Prospective, Randomized Comparison of Oseltamivir Treatment With or Without Postexposure Prophylaxis. The Journal of Infectious Diseases 2004;189:440-449


Une étude montre que la vaccination antivariolique n'est pas forcément à risques pour la transmission du virus

Les vaccins antivarioliques présentement disponibles contiennent un virus de la vaccine non atténué, un orthopoxvirus proche parent du virus de la variole qui confère une immunité contre le virus de la variole par réactivité croisée.

Une réaction progressive passant par les stades papule, vésicule, pustule, croûte et, éventuellement, cicatrice caractéristique apparaît au point d'injection. Pendant ce temps là, on peut considérer que la personne vaccinée est contagieuse pendant plusieurs jours et qu'elle risque de transmettre le virus, par contact, aux individus immuno-déprimés (malades du SIDA par exemple) ou atteints de maladies cutanées du type eczema. Sur la base de ce raisonnement plusieurs grands hôpitaux américains ont refusé de vacciner.

Mais une étude vient de démontrer que le risque de transmission devient négligeable si les individus vaccinés suivent des pratiques élémentaires d'hygiène, telles le port d'un pansement et le lavage des mains. Quant à savoir si les hôpitaux changeront d'avis, ceci est une autre histoire!

Source: http://www.sciencedaily.com/releases/2004/01/040130081143.htm


Un anticorps efficace contre le virus du SARS?

Pour combattre le SARS, les anticorps sont les derniers traitements à être proposés. Malheureusement, aucun n'a encore été démontré comme étant efficace chez l'homme. Toutefois, un anticorps humain qui bloque puissamment l'infection par le virus du SARS a été identifié.

Une équipe de l'institut Dana-Farber du Cancer a pensé qu'un anticorps capable de se lier à la protéine (péplomère de surface) utilisée par le virus pour se fixer aux cellules et y pénétrer aurait une bonne chance de supprimer l'infectiosité virale.

Ainsi donc, les scientifiques ont fouillé dans l'immense bibliothèque de l'institut du Cancer (27 milliards de cellules B putatives). Ils ont isolé les ARN messager des cellules B et, grâce à la transcriptase réverse, ont synthétisé les ADNc correspondants. Ces derniers furent alors introduits dans des bactéries qui synthétisèrent les anticorps correspondants.

Les surnageants de culture furent purifiés par chromatographie d'affinité préparée avec l'antigène correspondant (protéine du péplomère de surface). Les anticorps ainsi purifiés furent alors clonés en cultures bactériennes et testés pour leur capacité à inhiber le péplomère. Sur 8 anticorps monoclonaux ainsi obtenus, un, appelé 80R, fut retenu pour son aptitude à bloquer totalement la pénétration du virus du SARS dans les cellules.

Les chercheurs espèrent tester l'anticorps dès l'hiver prochain sur des volontaires humains. Comme l'anticorps est d'origine humaine, il devrait être bien toléré par les patients.

Référence: Proceedings of the National Academy of Sciences (DOI: 10.1073/pnas.0307140101)

http://www.newscientist.com/news/news.jsp?id=ns99994630


Un virus dérivé de la grippe aviaire serait responsable de la grande grippe de 1918

L'épidémie de grippe de 1918, qui fit plus de 20 millions de morts dans le monde, a pu être provoquée par un virus dérivé de la grippe aviaire qui l'a rendue plus contagieuse.

Ceci est démontré par les travaux de chercheurs internationaux qui ont pu séquencer certaines parties du génome du virus de la grippe de 1918, retrouvé en état de conservation parfaite à partir de prélèvements effectués sur des victimes de la grippe espagnole,conservées dans le pergélisol (sol en permanence gelé) de l'Alaska.

Les chercheurs ont pu ainsi reconstruire certaines protéines de la grippe de 1918 dont la "glycoprotéine de membrane hémagglutinine", appelée HA, qui contrôle les premières étapes de l'infection, quand la HA s'attache à un récepteur de la cellule cible. Ils ont alors comparé la structure cristalline en trois dimensions de la protéine HA du virus humain de 1918, avec celle de deux protéines HA provenant de deux sous-types semblables du virus avec des récepteurs humains et aviaires.

Les scientifiques ont ainsi établi que la HA de 1918 possède des caractéristiques habituellement observées dans les virus de la grippe aviaire, ce qui a pu l'aider à prendre en défaut le système immunitaire humain et atteindre une mortalité record. Plus précisément, les auteurs soulignent que le site servant à la liaison avec le récepteur contient des acides aminés du virus aviaire, placés de telle sorte que l'interaction avec les protéines humaines devient possible, ce qui a pu permettre au virus de passer de l'espèce aviaire à l'espèce humaine. Ainsi, avec la capacité d'assurer une efficacité des premiers stades de l'infection virale, couplée à une nouvelle antigénicité (ensemble des structures reconnues par les anticorps correspondants), le HA humain de 1918 a pu être le premier déterminant de l'importante mortalité de la pandémie de 1918.

Référence: James Stevens, Adam L. Corper, Christopher F. Basler, Jeffery K Taubenberger, Peter Palese, and Ian A. Wilson . Structure of the uncleaved human H1 hemagglutinin from the extinct 1918 influenza virus. Science Express. February 5, 2004.

Gamblin et al., The Structure and Receptor-Binding Properties of the 1918 Influenza Hemagglutinin. Science Express. February 5, 2004.

N.B. Science Express publie rapidement sous forme électronique des articles choisis du journal Science. Les versions imprimées de ces articles ne paraîtront qu'après plusieurs semaines.

http://www.sciencemag.org/sciencexpress/recent.shtml.


CALENDRIER DES PROCHAINS CONGRÈS EN VIROLOGIE

  International Papillomavirus Conference 2004. 20th-27th February 2004. Mexico, Mexico

The 11th Conference on Retroviruses and Opportunistic Infection. 02/08/2004 - 02/11/2004. San Francisco


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Mis à jour le 10 février 2004