VII - L'éjection du lait
VII.1 La récolte du lait
La récolte du lait peut se faire aussi bien sous l'eau (i.e., baleine,
vache de mer, otarie, hippopotame, etc.) que sur terre. L'allaitement se produit à des fréquences variables :
-
plus ou moins continue: le joey attaché
au mamelon de la mère kangourou
-
à toutes les demi-heures: le dauphin;
-
à toutes les heures: la truie domestique;
-
à toutes les 4-6 heures: les vaches de boucherie;
-
à tous les jours: la lapine;
-
à tous les deux jours: la musaraigne;
-
à toutes les semaines: le phoque (Northern fur seal).
Lors de l'éjection du lait, le canal du trayon doit être ouvert.
Ceci se fait par pression positive chez les mammifères marins (i.e.,
baleine, contraction musculaire projetant le lait dans la bouche) ou lors
de la traite à la main chez les animaux domestiques, par pression
négative (vacuum) lors de la traite mécanique, ou par pressions
positive (contraction du trayon par les lèvres) et négative
(succion) lors de l'allaitement chez la plupart des espèces.La succion
créée par le jeune ou par la trayeuse mécanique est suffisante pour la récolte
du lait
entreposé dans les citernes du trayon et de la glande et dans les
gros canaux galactophores lobaires. Les quantités de lait entreposées dans
les citernes et les canaux majeurs varieront selon
les espèces et selon leur structure anatomique mammaire particulière
(i.e., de presque rien chez la truie alors que certaines races de brebis entreposent jusqu'à 40 % du lait
synthétisé à l'extérieur des alvéoles).
Cependant,
les phénomènes de tensions superficielles empêche l'extraction du lait
entreposé dans les alvéoles et les plus petits canaux galactophores. Le réflexe de l'éjection du lait doit
donc être activé
si on veut récolter la plus grande partie du lait entreposé
dans les alvéoles et les petits canaux galactophores.
Malgré tout, chez la vache laitière, 10 à 25 %
du lait resterait dans la glande mammaire suite à l'éjection
du lait lors de la traite mécanique. La présence de ce lait, appelé
lait résiduel, est démontré
si on injecte de l'ocytocine après la traite (10 UI iv ou 20 UI
sc ou im). Ce volume de lait résiduel diminuerait si on augmente
la fréquence de la traite ; de plus, on observe une augmentation
de la production totale de lait par jour.
VII.2 Le réflexe de l'éjection
du lait
En 1910, Ott et Scott ont démontré qu'un extrait de la glande
hypophyse postérieure injecté chez la chèvre provoquait
une éjection du lait à l'extérieur de la mamelle (Cowie et
al., 1980).
Par contre, ce n'est qu'en 1941 que Elly et Peterson ont postulé
le réflexe neuroendocrinien de l'éjection du lait. Ils ont constaté
que l'éjection du lait se produisait même si tous les nerfs afférents
de la mamelle étaient sectionnés. Peterson et Ludwick
ont, par la suite, démontré le rôle d'un facteur endocrinien
en injectant le sang prélevé d'une vache durant la traite
à une autre vache provoquant ainsi une éjection du lait.
On sait, maintenant, que ce facteur endocrinien est l'hormone ocytocine,
qu'il est synthétisé par le noyau paraventriculaire de l'hypothalamus
et qu'il est libéré dans la circulation sanguine par la glande
hypophyse postérieure (Figure 7.1). Les concentrations sanguines
de l'ocytocine augmentent dès qu'il y a stimulation mammaire pour
demeurer élevées tant qu'il y a stimulation tactile (Figure
7.2).
La glande mammaire est innervée par des nerfs spinaux sensitifs
et des nerfs sympathiques moteurs (Figure 3.15). Chez la vache, les nerfs
spinaux sensitifs incluent :
(1) les branches sensitives des deux premières
pairs lombaires qui innervent la partie antérieure du pis,
(2) les
troisième et quatrième nerfs lombaires qui s'unissent pour
former le nerf inguinal et qui se projette dans l'ensemble de la glande
mammaire et, finalement,
(3) le nerf périnéal qui est une
branche du nerf honteux (2ième, 3ième et 4ième nerfs
sacrés) et qui va innerver la peau et la partie postérieure
du pis.
L'innervation de la glande mammaire est plus importante au niveau
des trayons; on y note, particulièrement, la présence, dans
le derme, de récepteurs nerveux sensibles à la pression. La stimulation de ces récepteurs active des fibres nerveuses
afférentes mammaires qui entrent de façon bilatérale dans la moelle
épinière au niveau de la racine dorsale. L'influx nerveux
voyage alors jusqu'à l'hypothalamus où il agira sur le noyau
paraventriculaire. La stimulation nerveuse de ce noyau provoque alors la
libération d'ocytocine directement dans la circulation sanguine.
L'ocytocine ira alors agir sur la glande mammaire pour y augmenter la pression
intramammaire et y provoquer l'éjection du lait à l'extérieur
de la mamelle (Figure 7.3). Il est à noter que des facteurs provenant du cortex cérébral
ou de l'environnement (i.e., auditifs, visuels, etc.) vont
influencer l'éjection du lait.
Le corps cellulaire des fibres nerveuses
afférentes du noyau paraventriculaire
synthétise l'ocytocine et la neurophysine I; la neurophysine ou
protéine de van Dyke est une protéine porteuse (Figure
7.4).
Ces deux molécules sont transportées par des granules de
neurosécrétion, par les axones de l'axe hypothalamo-neurohypophysaire
vers les terminaisons nerveuses situées au niveau de l'hypophyse
postérieure. À cet endroit, elles sont entreposées dans des
dilatations (corps de Herring) jusqu'au moment de leur libération dans la circulation sanguine.
L'acétylcholine des fibres afférentes mammaires provoque une
stimulation nerveuse des neurones paraventriculaires et ainsi, libère
l'ocytocine et la neurophysine I dans la circulation sanguine. On ne connaît pas le rôle de la neurophysine I. Par contre, l'ocytocine se rendra
jusqu'à la glande mammaire où elle active un récepteur
spécifique sur les cellules myoépithéliales. L'activation
de ce récepteur provoque la contraction des cellules myoépithéliales
et l'éjection du lait entreposé dans les alvéoles
et les canaux galactophores. Ceci provoque une augmentation de la pression
intramammaire, l'ouverture du canal du trayon et l'éjection du
lait hors de la glande mammaire.
VII.3 L'ocytocine
Première hormone dont on a établi la structure peptidique
(Du Vigneault). C'est un nonapeptide qui, chez les mammifères, ne
diffère de l'arginine vasopressine que par l'échange de 2 acides aminés
(le 3ième: isoleucine et le 8ième:leucine). L'ocytocine est synthétisée
essentiellement par les
neurones des noyaux paraventriculaires mais on la retrouve également
dans les noyaux supraoptiques. Elle est libérée dans la circulation au niveau
du lobe postérieur de l'hypophyse, afin de contourner la barrière
hémato-encéphalique. Lors d'une traite, jusqu'au tiers de l'ocytocine contenue
dans l'hypophyse serait libéré dans la circulation (Labussière, 1993). L'ocytocine
a une demi-vie
plutôt brève, puisqu'elle ne dépasserait pas 2 minutes chez la rate et une
minute chez la brebis et la femme.
VII.4 Les cellules myoépithéliales
Les cellules myoépithéliales se distinguent des cellules
des muscles lisses par l'absence de granules lipidiques, mais aussi par
la présence d'alcaline phosphatase qui permet leur coloration. Elles
sont aussi sensibles à l'imprégnation au nitrate d'argent.
C'est cette propriété qui a permis à Richardson (1949)
de les mettre en évidence (Figure 7.5).La contraction des cellules
myoépithéliales qui entourent chaque alvéole provoque l'expulsion du lait
alors que le raccourcissement de celles qui sont le long des plus petits canaux
facilite l'évacuation du flux lacté par élargissement tonique des
galactophores (Labussière, 1993). La contraction de ces cellules n'est pas sous
commande nerveuse mais est induite par la liaison spécifique de l'ocytocine à un
récepteur membranaire protéique (Kd de 7.6 X 10-10M). Le nombre de récepteurs augmente durant la gestation,
pour atteindre un maximum durant
la lactation et chute rapidement à la fin de celle-ci. L'augmentation des estrogènes et(ou) la diminution
du rapport estrogène/progestérone serait responsable de cet
effet durant la gestation. La réponse contractile est très brève et un apport
constant d'ocytocine est nécessaire afin de la maintenir.
VII.5 L'inhibition de l'éjection
du lait
Il existe diverse situations (stress, la peur et la douleur) où l'éjection
du lait sera inhibée. De plus, on a observé que si une vache est traite
mécaniquement puis allaite son veau, le relâchement d'ocytocine est réduit
pendant la traite afin de conserver du lait pour le veau.
L'inhibition peut se produire aux niveaux: centrale et périphérique:
-
Centrale: le relâchement de l'ocytocine par l'hypophyse est réduit ou totalement
inhibé. Ceci est la cause la plus commune d'inhibition de l'éjection du lait
et elle peut être levée par l'injection d'ocytocine. Elle est produite par la noradrénaline
qui bloque la libération de l'ocytocine en se liant aux récepteurs
ß-adrénergique sur le corps cellulaire des neurones
du noyau parvaventriculaire ;
-
périphérique: il y a libération d'ocytocine mais l'adrénaline
libéré lors du stress bloque les récepteurs de l'ocytocine
sur le cellules myoépithéliales empêchant ainsi leur
action de contraction. De plus, l'adrénaline provoque la vasoconstriction des
artérioles mammaires et ralentit le transit de l'ocytocine vers les cellules
myoépithéliales. Ce type d'inhibition est surtout observé lors de
situation de stress important.
VII.6 L'éjection et la production
du lait
Au moment de l'éjection du lait, on assiste, chez toutes les espèces
étudiées, à une libération rapide et importante
de la prolactine et de l'ocytocine dans la circulation sanguine. Chez la
vache, cette libération atteint un maximum 2 à 3 minutes
après le début de la traite. La quantité de prolactine
libérée au moment de la traite diminuerait en parallèle
avec la production de lait chez la vache laitière. On pense que le même phénomène se produit
en ce qui concerne la quantité d'ocytocine libérée
au fur et à mesure que la lactation progresse. Les quantités
d'hormones libérées seraient directement proportionnelles à l'intensité de la stimulation et du réflexe provoqué.Ce réflexe de l'éjection du lait joue donc un rôle
primordial au niveau de la galactopoïèse. Si on augmente son intensité
en augmentant la fréquence de la traite ou en augmentant le nombre
de rejeton et(ou) leur âge, on augmente la production de lait. À titre d'exemple, si on augmente, chez la vache laitière, la fréquence
de la traite de 2 à 3 fois par jour, on augmente la production de
lait de 6 à 25 %. De même, l'injection de l'ocytocine augmente la production de lait
chez la rate et la vache laitière.
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Chapitre VIII
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