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Vendredi, 18 octobre 2002
9h00 - 10h30

Salle Aylmer

La violence des mémoires : le cas du Kosovo 1998-1999. Écrits et conscience historique Chantale Quesney, Université du Québec à Montréal

Le 28 juin 1989, le président de la Serbie, et futur président yougoslave, Slobodan Milosevic, profite des célébrations du sixième centenaire de la bataille de Kosovo-Polje pour prononcer un discours nationaliste remarqué sollicitant la ferveur patriotique des Serbes. Le choix de cette date n'est pas dû au hasard. Elle commémore un événement dramatique qui ne saurait être évoqué sans rappeler à la mémoire des Serbes et des Albanais l'importance du Kosovo comme territoire fondateur de leur identité nationale propre. C'est ainsi que les récits mémoriels que les Serbes et les Albanais entretiennent sur eux-mêmes et sur l'autre ont servi de déclencheur au conflit kosovar qui a tragiquement marqué les dernières années du millénaire. Soucieuse de définir le plus étroitement possible ses spécificités nationales afin de légitimer son droit d'occupation du territoire kosovar, chacune des factions s'est prêtée à une surenchère des mémoires, érigeant ainsi des filiations historiques singulières qui, encore aujourd'hui, s'ignorent superbement.

C'est donc ce passé comme pierre de touche des discours pour justifier les différents idéologiques qu'il importe d'étudier. À partir des discours rencontrés sur Internet, on portera notre attention non pas sur la véracité des faits qui y sont exposés, mais sur la façon dont ils sont amenés : les silences, les valorisations, les répétitions, les contradictions, les jugements, les comparaisons, les associations. Tout ce qui, en somme, forge une représentation particulière du passé. On s'interrogera enfin sur la violence que peuvent susciter ces typologies des récits mémoriels et sur le rôle qu'est susceptible d'occuper la mémoire au sein des paramètres identitaires d'une nation.