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Vendredi, 18 octobre 2002
9h00 - 10h30
Salle Lac Mégantic

Genèse et évolution de l'identité victime des Autochtones canadiens
Michel Lavoie, Université Laval


À la suite de la Seconde Guerre, dans la foulée du mouvement mondial de décolonisation et de la montée de l'État providence, nombre de groupements, dont les Autochtones canadiens, ont opté de s'identifier comme des victimes de l'histoire. La réécriture de l'histoire a engendré de nouveaux rapports identitaires entre les descendants des auteurs d'injustices et ceux des victimes. La nuance réside dans l'idée que les soi-disant victimes ont de définir leur identité actuelle en référence à une condition historique qui n'existe plus. Que les victimes s'ingénient à être reconnues comme telles et à le rester, cela est discutable, mais on peut le comprendre. Mais pourquoi les présumés coupables y consentent-ils? Comment et pourquoi cette dialectique identitaire se met-elle en place? Plusieurs auteurs estiment que le cas des Juifs, à la suite de l'Holocauste, est le parangon de la victimisation. D'autres débattent, entre autres, de la situation des Noirs américains, lesquels sont fort partagés sur la question de leur projet identitaire. L'industrie de la victimisation est en pleine croissance parce qu'elle profite non seulement de l'approbation publique, mais aussi parce qu'elle reçoit l'aval institutionnel des autorités politiques mondiales souvent empêtrées dans leur mauvaise conscience. Aucun historien ne s'est penché, toutefois, sur la " figure idéologique " de l'identité victime chez les Autochtones canadiens. C'est la naissance et l'évolution de ce projet identitaire qui fait l'objet de cette communication. Six commissions d'enquête à portée nationale, entre 1946 et 1996, se sont intéressées aux affaires autochtones. Leurs rapports servent de sources principales à cette recherche. Ils permettent de suivre de près le discours identitaire des Autochtones, lesquels disposent, par leurs témoignages, d'une voix significative dans le processus d'enquête. D'une relation de dépendance envers un pourvoyeur, les Autochtones ont établi, dans la seconde partie du 20e siècle, des rapports de victimes face à un coupable. Il s'agit de montrer comment ce projet s'est élaboré et comment il a progressé pour devenir l'une des idéologies axiales à la base du discours identitaire autochtone.