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Samedi, 19 octobre 2002
10h45 - 12h00

Salle Lac Aylmer

La dualité canadienne et les endroits historiques : À la recherche d'une mémoire authentique en Ontario
Alan Gordon, Wilfrid Laurier University

Au cours du vingtième siècle, le Canada anglais commence, peu à peu, à découvrir un passé dualiste. Ce processus de découverte s'accélère dans les années soixante, la décennie du centenaire de la confédération canadienne. Associés vaguement au mouvement en faveur d'un Canada bilingue et biculturel, quelques intellectuels et partisans cherchent leur passé dans l'histoire de l'empire français en Amérique. Mais, ces gens sont loin en avance sur l'opinion publique au Canada anglais. En Ontario, par exemple, la majorité de la population rejette l'idée d'une fondation française de la province. Par contre, ils continuent à vénérer en leur histoire le passé des " loyalistes ", des pionniers et de la guerre de 1812.

Je pose l'hypothèse que l'idée de mémoire collective explique ce refus. La mémoire n'est pas l'histoire. Alors que l'histoire peut être démontrée par des faits et des phénomènes dits objectifs, la mémoire est plutôt un sentiment ou une expérience de l'esprit. De plus, le succès d'un tel sentiment est tributaire du sens de l'authenticité que la mémoire véhicule.

Par le biais d'une comparaison entre deux projets historiques réalisés en Ontario dans les années soixante, à savoir la reconstruction de la mission jésuite à Sainte-Marie et la création du Upper Canada Village à Morrisburg, je propose de vérifier cette hypothèse selon laquelle c'est la mémoire, plus que l'histoire, qui influence la formation de l'identité. Contrairement au projet de Sainte-Marie, reconstruit à partir d'un site archéologique, le Upper Canada Village n'a jamais eu une véritable existence historique. Mais du point de vue du public touristique en Ontario, c'est au village des pionniers et non pas à la mission des Jésuites que l'on semble entendre le mieux les échos de la mémoire collective.