|
Samedi, 19 octobre 2002
9h00 - 10h30
Salle Lac Aylmer
Commémoration et utilisation du passé : Montréal et Toronto en comparaison
Harold Bérubé, Université de Montréal
En principe, la commémoration est un hommage rendu au passé
par ses héritiers. Au-delà de cette proposition générale
se dessinent toutefois les complexes relations mettant en jeu mémoire,
identité et pouvoir. L'évocation du passé n'est jamais
un exercice neutre et la mise en uvre de cérémonies
commémoratives d'une ampleur significative requiert la collaboration
ou au moins l'assentiment du pouvoir politique. En conséquence,
derrière chaque commémoration se profile une utilisation
du passé à des fins idéologiques ou identitaires,
que ce soit par la falsification grossière des faits ou par le
simple choix qui est fait du passé à commémorer et
de l'interprétation qui en est dégagée. Cette utilisation
transparaît dans les discours des différentes têtes
d'affiche de ces célébrations et des stratégies qu'elles
y utilisent pour actualiser le passé et le mettre au service du
présent et de l'avenir.
C'est en gardant à l'esprit cette vision des différents
aspects de l'exercice commémoratif que nous comptons comparer ces
discours dans le cadre des festivités organisées à
Toronto en 1934, à l'occasion du centenaire de l'incorporation
de la ville, et à Montréal en 1942, à l'occasion
du tricentenaire de la fondation de la ville par Maisonneuve. Les événements
qui forment le cur de ces célébrations, en plus d'être
des exercices politiques, sont, pour plusieurs de ceux qui participent
à leur organisation ou en fournissent le financement, autant d'occasions
de tirer des bénéfices directs ou indirects de toute l'entreprise.
Parallèlement, ceux qui assistent à ces célébrations
ne sont pas les récepteurs passifs de l'idéologie des organisateurs,
mais des individus qui y recherchent une source de divertissement et qui
filtrent, dans une certaine mesure, les messages qui leur sont adressés.
Ce sont ces deux aspects de l'exercice commémoratif, le discours
et son importance relative, que nous comptons mettre en lumière
pour Montréal et Toronto.
|