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Publié le 28 février 2011

Une île de plastique

Laurianne Bouchard
Étudiante au baccalauréat en chimie
Université de Sherbrooke
Il est bien connu que le plastique n’est pas une substance biodégradable et depuis quelques années, on encourage le recyclage et la réutilisation de ce matériau. Malgré tout, le plastique, aujourd’hui produit à plus de 300 millions de tonnes par année, n’est recyclé qu’à un taux d’environ 20%, et valorisé énergétiquement à environ 10%. Qu’advient-il des 70% qui sont jetés dans la nature? En quoi le plastique est-il si nocif pour les écosystèmes? Voici l’histoire d’un problème qui a longtemps été inconnu de l’humanité, un drame pour nos océans.

En 1997, Charles J. Moore, océanographe et capitaine de navire, partait d’Hawaï vers la Californie. Naviguant dans les courants du Pacifique, il fit la découverte d’ une étendue spectaculaire de débris de plastique au centre du gyre subtropical du Pacifique Nord. Des bouteilles, des casques, des cordes, des fragments de plastiques multicolores, tout y était. Le phénomène est facilement explicable : les débris de plastique sont entrainés dans l’océan, puis sont emprisonnés au centre du tourbillon – le gyre - que forment l’ensemble des courants marins, dirigés par la force de Coriolis. Un membre de l’équipage de Moore baptisa le drame « Great Pacific Garbage Patch » (La grande plaque de déchets du Pacifique). Il fut estimé, après quelques voyages, que l’étendue des déchets de plastique était de deux fois la superficie de l’état du Texas. Moore fonda, en 2008, la « Algalita Marine Research Foundation », pour y étudier les problèmes et solutions qui découlent de cette triste trouvaille.

Il est calculé que, dans cette région du Pacifique, se trouvent plus de 28 000 morceaux de plastique et de polymère de toutes sortes par kilomètre carré. Au centre du gyre, on parle plutôt de 625 000 morceaux pour la même superficie. Les morceaux les plus gros sont visibles à l’œil, du bateau, mais ce n’est que la pointe de l’iceberg : pour voir le vrai drame, il faut aller à 2 ou 3 mètres de profondeur et constater qu’on est littéralement plongé au milieu d’une baignoire de fragments de plastique.

Et l’écosystème?
Dans cette région du Pacifique, il y a six fois plus de morceaux de plastique que de plancton. Bien évidemment, une quantité phénoménale est ingérée par les animaux : les tortues confondent les sacs transparents avec des méduses, les poissons avalent des fragments au lieu du plancton.

En plus de ne pas se décomposer, le plastique a aussi la fâcheuse propriété d’être un agent de transport de composés reconnus pour leur toxicité. Ainsi, des additifs et des monomères tels le bisphénol A, les biphényles chlorés (BPC), ainsi que des pesticides tels le DDT se retrouvent au beau milieu de l’océan, à des kilomètres des côtes, contaminant les organismes marins. Bien entendu, ces composés sont bioaccumulés par les organismes, ce qui, à long terme, cause l’intoxication de la faune. Le même phénomène a été découvert dans le gyre de l’Atlantique, où des concentrations de 200 000 fragments par kilomètre carré ont été décelées.

Des solutions
Il est difficile de croire que l’ensemble des océans puissent être nettoyés des plastiques et des polluants qu’ils contiennent. Toutefois, un effort collectif de recyclage et de valorisation des polymères aiderait grandement à freiner la croissance de la plaque de déchets. Le recyclage a aussi l’avantage de diminuer l’utilisation du pétrole, importante composante du plastique. En effet, chaque tonne de plastique recyclé fait économiser entre 600 et 800 kilogrammes de pétrole brut. La valorisation par l’incinération d’un sac d’épicerie en plastique peut produire assez d’énergie pour allumer une ampoule de 60W pendant 10 minutes.

Il est évidemment impensable que le plastique puisse être toujours recyclé ou valorisé; de toute façon, tous les plastiques ne sont pas recyclables. Produit à d’aussi grandes échelles et d’une polyvalence inégalée pour les humains, il est difficile d’imaginer qu’ils puissent être remplacés dans l’immédiat par des matériaux totalement biodégradables et non toxiques pour les organismes vivants.

L’utilisation minimale des plastiques, ainsi que le recyclage restent donc, pour l’instant, les gestes les plus concrets que nous pouvons faire pour freiner le problème.

Pour en savoir plus sur la fondation de Charles Moore :http://www.algalita.org/index.php


Références :

http://www.planete-energies.com/contenu/petrole-gaz/petrochimie/plastiques.html http://www.valorplast.com/Front/index.php?RID=178
http://www.vbs.tv/en-ca/watch/toxic/toxic-garbage-island-full-length
http://www.weareecofriendly.com/great-pacific-garbage-patch/
http://www.pleinsurf.com/wp-content/uploads/2010/09/Great-Pacific-gargabe-patch.jpg