(En collaboration avec le Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale)
L’acide 4-hydroxybutanoïque ou gamma-hydroxybutyrate (GHB) a bien mauvaise réputation à cause de sa supposée implication dans un grand nombre d’agressions sexuelles. Pourtant, le blâme est-il justifié ? Il faut savoir que le GHB a d’abord été synthétisé dans le but d’agir comme médicament capable de passer la barrière hémato-encéphalique et pouvant servir d’anesthésiant, mais est aussi utilisé comme hypnotique dans certains cas particuliers (Xyrem®). Ce sont cependant ses propriétés sédatives, anxiolytiques et euphorisantes qui en ont fait une drogue récréative de choix, menant ainsi à sa consommation illicite.
La consommation illégale de GHB est populaire, car il a des effets similaires à l’alcool à petite dose et il n’est pas détectable par l’alcotest. Par contre, ses effets se multiplient lorsqu’il est pris en combinaison avec l’alcool ou autres stupéfiants, ce qui le rend extrêmement toxique pour l’organisme.
Malgré les rumeurs véhiculées à l’effet que le GHB serait la ‘’drogue du viol’’, certaines statistiques du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale (LSJML) tendent à démontrer qu’il n’est peut-être pas aussi coupable qu’on ne le croit.
Il faut savoir que lorsqu’une personne déclare avoir été victime d’une agression sexuelle, elle doit se rendre à l’hôpital ou en clinique pour remplir une trousse médico-légale. Cette trousse comprend des prélèvements d’urine et/ou de sang qui sont envoyés au LSJML pour expertises. Les analyses en toxicologie, entre autres par différentes techniques analytiques (LC-MS, GC-MS, GC-FID, LC-UV, etc.) et immunologiques, permettent de détecter la présence de substances qui auraient pu altérer la conscience/mémoire de la victime.
Statistiquement, de 2005 à 2009, le LSJML a reçu et analysé en toxicologie environ 1300 dossiers concernant des agressions sexuelles. Dans 348 cas (environ 27%), les victimes disaient avoir subi une soumission chimique, c’est-à-dire qu’elles croyaient avoir ingéré une substance de façon involontaire. De ces 348 cas, seulement 3 ont réellement été confirmés comme étant des « soumissions chimiques » après enquête, et 2 cas restent à confirmer. De ces 5 cas, seulement les 2 cas à confirmer impliqueraient l’utilisation du GHB, les 3 autres étant dus à des benzodiazépines (médicaments contre l’anxiété causant de la somnolence). De plus, sur tous les dossiers d’agressions sexuelles de 2005 à 2009, seulement 8 indiquent la présence de GHB (soumission chimique ou plus possiblement prise volontaire).
En résumé, sur 1300 dossiers d’agressions sexuelles de 2005 à 2009, seulement 2 cas seraient possiblement dus à l’ingestion involontaire de GHB (0,15%). De plus, de ces 2 cas, un seul s’est produit dans un bar, par un agresseur inconnu.
Il faut savoir que le GHB est la majorité du temps consommé en remplacement de l’alcool, de façon volontaire. De 2005 à 2009, le GHB a été retrouvé dans 56 dossiers au LSJML. Comme mentionné précédemment, seulement 8 de ces dossiers concernaient des agressions sexuelles. Les autres dossiers visaient des personnes décédées (4), mais la majorité était pour des cas de conduite avec facultés affaiblies (32).
Mais si le GHB n’est pas le coupable dans les cas d’agressions sexuelles, qui l’est ? Dans environ 35% des dossiers d’agressions sexuelles, l’alcool est retrouvé dans le sang des victimes. On retrouve aussi du THC (cannabis), et plus souvent ses métabolites, d’autres substances illicites (cocaïne, amphétamines, opiacés, PCP) et des médicaments comme les benzodiazépines, ou la diphénhydramine (anti-histaminique, Benadryl®). Il faut tout de même se rappeler que ces substances sont la plupart du temps ingérées volontairement par la victime. De plus, on retrouve au moins une de ces substances dans 70-75% des cas d’agressions sexuelles.
Il faut aussi savoir que ce ne sont pas toutes les victimes d’agression sexuelle qui portent plainte. De plus, une partie des trousses d’agressions sexuelles reçues au LSJML n’est pas analysée en toxicologie, car la victime n’a pas consenti aux analyses.
Il est à noter que le GHB, ingéré en quantité significative, est visible dans le sang jusqu’à 12h après l’ingestion et jusqu’à 12 à 48h dans l’urine. Le temps de détection varie selon la dose absorbée, la méthode de détection et les caractéristiques physiques de l’individu. La détection du GHB dépend donc beaucoup du délai avant les prélèvements.
Finalement, ce qu’il faut retenir de toutes ces statistiques c’est que la majorité des agressions sexuelles sont commises lorsque la victime a ingéré elle-même une quantité trop grande de drogue, de médicament ou d’alcool. Lors d’une sortie, il est donc plus important de faire attention à ce que l’on prend volontairement qu’à ce que l’on pourrait recevoir involontairement.
Références :
- M. Maitre, J.P. Humbert, V. Kemmel, D. Aunis, C. Andriamampandry, Mécanismes d’action d’un médicament détourné: le gamma-hydroxybutyrate, Médecine/Sciences 21 (2005) p. 284-9.
- T’as juste 1 vie, http://www.tasjuste1vie.com/fr/alcooldrogue/ghb.php
- A.M. Faucher, P. Mireault, F Lahitte-Grenier, A. Adam-Poupart, Agressions sexuelles et toxicologie, présentation interne du LSJML, 2009.